La petite menteuse de Pascale Robert-Diard

Lisa, quinze ans, a été violée par un homme venu faire des travaux chez ses parents. Lisa, quinze ans, a dénoncé cet homme. Lisa, quinze ans, a fait condamner cet homme à la prison. Lisa, vingt ans, vient voir maitre Alice Keridreux pour qu’elle la représente dans un procès en appel. Et Lisa, vingt ans, avoue l’impensable : Marco Lange ne l’a pas violée. Elle a menti.

Le titre du roman ne laisse pas de place au doute. On sait dès la couverture que le récit va nous raconter l’histoire d’une menteuse. Petite, certes, mais menteuse quand même. Ce que le titre ne dit pas, c’est pourquoi Lisa a menti. Et c’est ce qu’on va découvrir au fil d’un récit habilement mené. 

Ce livre se lit quasiment d’une traite et le lecteur passera par de nombreux sentiments. D’abord indigné qu’une jeune fille ait pu mentir et convaincre la justice de la culpabilité d’un homme innocent. Puis de plus en plus partagé quand la parole de Lisa se libère, laissant la place à une jeune fille confrontée à la brutalité scolaire. Car à quinze ans, Lisa est une jeune fille qui attire les garçons. Et qui ne sait pas dire non à ces garçons qui vont profiter d’elle, la conduisant à éprouver un mal être grandissant qui va trouver son apogée dans la dénonciation de Marco Lange.

“ Alice se sentait soudain très seule. Et surtout vieille. Elle avait hérité de la pilule et de la liberté que d’autres avaient conquises. Et elle se retrouvait accusée par des filles d’à peine vingt-cinq ans de s’en être contentée. De ne pas s’être battue pour faire avancer la cause des femmes. Elle était de la génération d’entre-deux, coincée entre l’intransigeance d’une Adèle, ou parfois celle de sa fille Louise, et l’insupportable légèreté d’une mère coquette et parfumée qui soupirait : “Mais qu’est-ce qui leur prend à ces femmes de partir en guerre contre les hommes ? Moi, ça me déplaisait pas quand on me sifflait dans la rue.””

A travers cette accusation, on comprend que Lisa a voulu surtout lancer un appel au secours. Mais les choses l’ont très vite débordée. Ce n’est pas elle qui a prononcé le nom de son hypothétique agresseur mais elle s’est retrouvée entrainée dans l’engrenage qu’elle a enclenché et qu’ont alimenté deux de ses professeurs et sa mère. Alors après, comment revenir en arrière ? Comment assumer le mensonge alors qu’il vous donne un statut particulier, qu’on écoute votre parole, qu’on vous regarde et vous entoure, vous qui vous êtes toujours sentie à part, peut-être mal-aimée de vos parents et soumise à la violence de jeunes garçons stupides ?

Le roman décortique et analyse avec beaucoup de finesse comment Lisa est tombée dans ce rôle de victime qui lui confère un statut à part et lui permet de trouver le soutien et l’amour de ses parents mais aussi de se protéger de ses agresseurs réels. Et qui n’a sans doute pas mesuré toutes les conséquences de son mensonge. Il donne aussi un éclairage très intéressant sur la position de l’avocate choisie par Lisa qui de défenseuse d’une victime devient celle d’une accusée.

En cela, le parti pris est intéressant. Et surtout, il est traité avec beaucoup de finesse, démontrant comme il peut être facile de se laisser entrainer dans un mensonge, comment il est important de laisser la place aux victimes mais aussi de savoir les écouter attentivement pour démêler tous les fils de l’histoire. Passionnant.

La petite menteuse – Pascale Robert-Diard (Editions L’Iconoclaste – août 2022)

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