Libres dans leur tête de Stéphanie Castillo-Soler

A à peine vingt ans, Romain débarque en prison. Condamné parce qu’un vol commis avec deux complices a mal tourné et qu’une vieille dame a trouvé la mort. Romain est un habitué des familles d’accueil, abandonné à la naissance par sa mère. Il partage sa cellule avec Laurent, lui aussi condamné pour un meurtre. Celui du dealer de sa demi-sœur. Laurent a le même âge que Romain et s’il est issu d’un milieu bourgeois, souffre lui aussi d’avoir été abandonné par sa mère. Ces deux solitaires, révoltés, vont apprendre à cohabiter, s’apprivoiser et se soutenir après les inévitables tensions des débuts.

Dans ce récit qui se déroule quasi exclusivement au sein de la prison règne évidemment la promiscuité, les privations, la violence, la loi du plus fort. Mais Stéphanie Castillo-Soler a choisi de s’extraire de ces noirceurs pour retenir les aspects positifs de la rencontre entre les deux jeunes garçons. Car de cette cohabitation forcée va naître une belle amitié, des liens forts et indestructibles, une envie de se soutenir l’un l’autre et de s’ouvrir à un autre monde.

Romain et Laurent sont, chacun à leur façon, attachants. Romain naïf, sensible, peu sûr de lui et Laurent, parfois condescendant, arrogant ont tout pour s’opposer. Mais la prison crée entre eux des liens puissants qui vont permettre à l’un comme à l’autre d’évoluer et de changer.

« Au fil des jours, dans la cellule des tensions deviennent palpables. Après s’être rapprochés, les deux garçons se sont renfermés dans leur coquille. Tout leur manque, leurs proches, l’espace, la liberté ; la promiscuité devient oppressante. Ils passent ainsi des heures sans rien se dire, Laurent tournant rageusement les pages d’un livre ou somnolant sur son lit, tandis que Romain donne libre cours à son imagination, un crayon à la main. Laurent comprend qu’il a perdu la forme d’ascendant qu’il avait d’abord pris sur l’autre. Il sent intuitivement que le plus fort n’est pas forcément celui qui croyait l’être. »

Si cette relation amicale est assez crédible, si on laisse de côté qu’elle s’épanouit dans un lieu où il ne doit pas en naître beaucoup, les relations amoureuses des deux garçons sont un peu plus improbables. Romain tombant amoureux de la demi-sœur de Laurent à travers une photo et étant, dès la première rencontre, payé de retour et Laurent entretenant une idylle avec la personne qui s’est engagée dans le programme d’échanges épistolaires des prisons. Evidemment, les deux correspondants vont se découvrir âmes sœurs et entamer une belle relation amoureuse. On tombe alors dans un côté sentimental qui a sans doute moins à faire ici.

On retiendra de ce récit une envie de lumière, de rédemption, de bienveillance. Il lui manque peut-être un brin de nuances, le positif prenant trop facilement le pas sur les réalités de la vie carcérale.

Libres dans leur tête – Stéphanie Castillo-Soler (Editions Librinova – août 2019)

4 commentaires sur “Libres dans leur tête de Stéphanie Castillo-Soler

  1. Tes critiques sont bien vues. Je partage mais j’ai marché quand même. Il y a tant de belles pages et, comme je viens de terminer Ne t’arrête pas de courir de Mathieu Palain, j’ai vu que la réalité pouvait rejoindre la fiction, même trop belle. Si on voulait y croire ? C’est ça aussi la littérature. Au delà d’une désespérance du monde constituant une espèce de norme.

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