Le bal des folles de Victoria Mas

Cette fin de XIXème siècle est bien cruelle pour les femmes. Privées de liberté, dépendantes d’un père, d’un oncle, d’un frère, obligées de se conformer à ce qu’on attend d’elles, un seul pas de côté peut les conduire à se retrouver enfermées à la Salpetrière, là où sévit le célèbre neurologue Jean-Martin Charcot. Celui-ci mène notamment des travaux de recherche sur l’hystérie. Une maladie essentiellement féminine, cela va de soit.

Victoria Mas nous plonge au cœur du sordide quotidien des patientes de Charcot, en mettant en scène Louise et Eugénie, présentent pour des raisons différentes mais toutes les deux victimes d’un patriarcat cruel. Elle y adjoint Geneviève, intendante depuis vingt-ans à l’hôpital, à la fois sévère et juste avec les internées.

Je m’attendais à quelque chose de plus documenté sur les expérimentations de Charcot, d’un peu plus scientifique. De la même manière je pensais avoir un peu plus de réflexions sur la condition féminine et les fondamentaux de la société de cette époque. De ce point de vue, j’ai été plutôt déçue.

« Ce qui surprend la première fois n’est pas tant l’espace à l’accueil, relativement étroit, mais le couloir qui fait face, et d’où arrive Geneviève – profond, interminable, immense tunnel capable de vous aspirer pour vous emmener on ne sait où. Les claquements de talons résonnent sous le plafond voûté. Au loin, des gémissements de femmes se font entendre, mais on se refuse d’y prêter une oreille plus attentive, non par indifférence, mais par faiblesse. »

Ce livre reste en effet un roman, très joliment écrit mais finalement assez peu profond, même s’il aborde la question de l’éternel lutte entre le rationnel et l’irrationnel, le connu et l’inconnu, le scientifique et l’occulte. Mais de Charcot et de confrontation pas ou très peu de présence. Pas assez en tout cas pour retenir l’attention au-delà du temps de lecture que le roman prend.

L’originalité du roman tient sans doute plus à la raison de l’internement d’Eugénie, qu’elle utilisera pour convaincre Geneviève de l’aider à s’évader. C’est d’ailleurs probablement cette même raison qui a fait que j’ai eu un peu de mal à être convaincue par ce récit, même si Victoria Mas montre une belle maîtrise de l’art narratif et une très jolie plume. Le roman manque toutefois d’inattendu, tous les événements étant assez prévisibles.

Le roman se lit vite, mais pour ma part je ne pense pas que les personnages de Louise, Eugénie et Geneviève, toutes touchantes qu’elles soient, figureront parmi mes héroïnes marquantes de roman.

Le bal des folles – Victoria Mas (Editions Albin Michel – août 2019)

17 commentaires sur “Le bal des folles de Victoria Mas

  1. Tu confirmes mes craintes vis à vis de ce roman dont on ne lit que des éloges et que je lirai pour me faire mon opinion mais je sens la déception poindre….. Tout dépend de ce que l’on attend d’une lecture….. Dès sa sortie j’ai pensé à La salle de bal de Anna Hope que j’ai aimé pour l’évocation du milieu psychiatrique et des raisons d’internement (comme dans celui-ci) en Angleterre où je regrette également l’introduction d’une romance qui pour moi n’était pas nécessaire. Je n’aime pas dès le début et la présentation des personnages savoir comment cela va se terminer. 🙂

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    1. Je n’ai pas lu La salle de bal. Mais sur Le bal des folles je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus documenté, ce qui m’intéressait beaucoup car Charcot a quand même permis des avancées et j’avais envie de comprendre les choses d’un point de vue plus médical.

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