Ce qui arrive la nuit de Peter Cameron

Un couple d’américains arrive de nuit dans une ville perdue de l’Europe. De nuit et sous la neige, la femme et l’homme gagnent tant bien que mal le Borgarfjaroasysla Grand Imperial Hotel où ils vont séjourner, le temps d’achever les démarches pour adopter l’enfant qu’ils sont venus chercher. Mais rien ne va vraiment se dérouler comme prévu. De rencontres étranges en incertitudes, le couple va devoir faire preuve de patience et de persévérance. Mais toutes ces épreuves ne sont-elles pas de trop pour eux et sauront-ils y faire face ?

Ce roman est assurément un livre d’atmosphère. Pris dans le froid et la neige, quasiment coupés du monde, l’hôtel et ses occupants forment un microcosme à la fois feutré et angoissant. La femme et l’homme, dont on ne saura jamais les prénoms, évoluent dans un monde dont les codes ne leurs sont pas connus et doivent plus ou moins s’en remettre à des personnages étranges.

Ainsi de Livia Pinheiro-Rima, ex-chanteuse qui régale encore les clients de l’hôtel de quelques-unes de ses interprétations. Ou de ce businessman étrange et un brin envahissant qui va entraîner l’homme sur des terrains inconnus. Ou de ce flegmatique barman, toujours présent pour servir des verres de schnaps. Ou encore de cet énigmatique Frère Emmanuel, un guérisseur en qui la femme, atteinte d’un cancer, va mettre tous ses espoirs.

“Oh, je ne suis pas en train de dire que vous devrez être solitaire. Ou nécessairement seul. Je veux dire que vous ne devrez rien faire qui soit dicté par la peur d’être seul. C’est ce qui cause tous les ennuis.”

Au fil des jours, les objectifs de l’homme et de la femme commencent à diverger. Si lui ne varie pas dans son envie d’adopter l’enfant pour qui ils ont fait tout ce long voyage, la femme se consacre à sa guérison ou en tous les cas à son espérance de guérison. Et le couple s’éloigne ainsi de plus en plus, se délite lentement sans pouvoir se comprendre ou s’entendre.

 On oscille ainsi dans ce roman comme pris dans les rets d’un rêve qui vire parfois au cauchemar, comme anesthésié par la neige qui s’accumule et empêche chacun de circuler librement, comme enfermé dans cette espèce de huis-clos où l’homme et la femme deviennent presque totalement dépendants des personnes qu’ils croisent dans cet hôtel, incapables de se soutenir l’un et l’autre dans leurs quêtes personnelles. On a l’impression d’évoluer ainsi au cœur d’un mirage, que ce lieu figé dans le temps n’existe pas vraiment. Peut-être parce que beaucoup d’évènements ont justement lieu la nuit, durant ces heures où on ne sait plus très bien distinguer le rêve de la réalité.

C’est un roman très particulier, qui ne se laisse pas facilement apprivoiser, mais duquel, une fois qu’on a plongé dedans, il est difficile de s’extraire. Il vaut se laisser envoûter par ce livre et ces personnages atypiques et s’autoriser, un instant, à prendre place au bar du Borgarfjaroasysla Grand Imperial Hotel pour un voyage hors du temps.

Ce qui arrive la nuit – Peter Cameron / Traduction Catherine Richard-Mas (Christian Bourgois Editeur – janvier 2022)

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