Le voyageur d’Ulrich Alexander Boschwitz

Allemagne, novembre 1938. Otto Silbermann, industriel réputé et installé voit sa vie basculer. Échappant de peu à une arrestation à son domicile il devient du jour au lendemain un homme traqué. Son crime ? Être juif dans un monde qui ne jure que par la race aryenne et dans un pays, à une époque, où les juifs sont impitoyablement pourchassés, déportés, tués.  

Séparé de sa femme qui a trouvé refuge auprès de son frère, éloigné de son fils qui vit à Paris et qu’il essaie un temps de rejoindre, Otto Silbermann erre de train en train, tentant de sortir de cette Allemagne nazie qui cherche à l’éliminer. 

« Je suis un voyageur, un voyageur qui n’arrive jamais à destination. En réalité, j’ai déjà émigré. J’ai émigré vers les chemins de fer du Reich allemand. Je ne suis même plus en Allemagne. Je suis dans des trains qui sillonnent l’Allemagne. C’est très différent. » 

Voilà un livre pour lequel il est difficile de dire « je l’ai aimé » tout simplement. Ce récit et les sentiments qu’il inspire vont bien au-delà d’un simple ressenti ou d’un simple plaisir de lecteur. 

Parce qu’il touche à un thème traumatique du XXème siècle, parce qu’Otto n’est que le porte-parole des millions de personnes qui ont subi cette persécution. 

Son statut de personnalité riche, cultivée, combattant de la Première Guerre Mondial, ne le protège en rien et on sent monter en lui la révolte et la peur que cette situation provoque. Sa fuite semble quasiment désespérée, un mouvement inutile qui le ramène inlassablement dans la nasse où il est piégé.  

Tout au long de son voyage il va croiser différents personnages, sympathiques ou non, et les échanges qu’il a avec chacun d’entre eux est aussi un éclairage passionnant sur l’état d’esprit des allemands qu’il rencontre. 

Ce récit est un témoignage essentiel de cette époque, vécu de l’intérieur par l’auteur qui a commencé à rédiger ce texte au moment de la Nuit de Cristal et qui y a mis beaucoup de sa propre histoire.  

Le voyageur – Ulrich Alexander Boschwitz (Editions Grasset – novembre 2019) 

L’odyssée du Voyageur 

Né en 1915 à Berlin, Ulrich Alexander Boschwitz émigre en Scandinavie puis à Paris. Il suivra des études à La Sorbonne. Son roman Le Voyageur est paru en 1939 en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis. 

Ulrich Alexander Boschwitz sera interné en Australie à cause de sa nationalité allemande au début de la guerre. Il meurt en 1942, à l’âge de 27 ans, lorsque le bateau sur lequel il a embarqué est torpillé par un sous-marin allemand.  

Le manuscrit original du Voyageur, qu’on a cru un temps perdu a été retrouvé récemment dans des archives à Francfort.  

La Nuit de Cristal 

L’événement qui a été baptisé Nuit de Cristal est intervenu dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 en Allemagne. Il fait suite à l’agression, le 7 novembre, d’un conseiller de l’ambassade d’Allemagne à Paris, Ernst vom Rath, par un jeune juif polonais. 

Aussitôt mis sur le compte d’un « complot juif » contre l’Allemagne par Joseph Goebbels cet événement est le déclencheur d’une mobilisation des militants nazi. Durant toute la nuit ils vont s’en prendre aux synagogues et aux locaux des organisations israélites, aux magasins et aux biens des particuliers. Une centaine de personnes seront tuées à l’occasion de ce gigantesque pogrom.  

4 commentaires sur “Le voyageur d’Ulrich Alexander Boschwitz

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