Virginia d’Emmanuelle Favier

Tout commence par la rencontre et le rapprochement de deux veufs. Leslie Stephen et Julia Duckworth. Chacun d’entre eux a déjà des enfants. De leur union naîtront Vanessa, Thoby, Adrian et Adeline Virginia Alexandra, surnommée Ginia, Ginny ou Miss Jan. Parfois the Goat. Avant de devenir pour la postérité Virginia Woolf. Une fratrie composée de huit enfants au sein de laquelle il faut trouver sa place dans un monde où les filles ne sont pas une priorité en termes d’éducation et où les perspectives sont essentiellement le mariage et la maternité.

Dans ce livre, Emmanuelle Favier explore l’enfance de Virginia avant qu’elle ne devienne Virginia Woolf. Une sorte de retour aux sources ou plus précisément une analyse de ce qui a fait de la jeune Virginia l’écrivaine de génie littéraire qu’elle fut et qu’on salue encore aujourd’hui. Emmanuelle Favier revient sur les blessures et les fêlures sur lesquelles s’est construite la personnalité de Virginia.

Esprit brillant et libre, la vocation d’écrivain de Virginia semble être apparue assez tôt. Mais l’avouer, dans une époque Victorienne étriquée et au sein d’une famille bourgeoise très classique où chacun doit rester à sa place, est une autre paire de manche !

“Virginia clôt son journal – elle a tenu un an, c’est bien suffisant, et quelle année ; la contrainte et le sérieux l’ont épuisée, elle n’a après tout pas même seize ans et déjà le lot de deuils d’un adulte fané. ”

Emmanuelle Favier entre dans l’intimité de l’enfant, de l’adolescente et de la jeune femme, éclairant au passage quelques zones d’ombre sur les relations entre les frères et sœurs et sur les drames qui ont jalonné sa jeunesse. Elle nous explique cet être hypersensible, torturé, esseulé au milieu de cette grande famille et privée de sa mère à treize ans qui sait parfois faire preuve de beaucoup d’humour.

C’est passionnant, tant par le portrait qui est fait ici que par la manière de le faire. Emmanuelle Favier, même si on sent qu’elle s’est beaucoup documentée et qu’elle a mené des recherches précises, assume totalement la subjectivité de l’auteure, obligée parfois de faire appel à son imagination plutôt qu’à une réalité avérée pour compléter les éventuelles carences de la biographie. Elle replace ainsi Virginia au cœur de cette famille qui constitue le second personnage de cette histoire et sans qui on ne peut expliquer Virginia et peut-être, aussi, sa fin tragique.

Un livre brillant qui donne vie et chair à une auteure devenue un véritable symbole.

Virginia – Emmanuelle Favier (Editions Le Livre de Poche – septembre 2021)

5 commentaires sur “Virginia d’Emmanuelle Favier

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