Maggie Exton de Zoé Shepard

Un serial killer sévit depuis plusieurs mois à Baltimore. Son truc à lui c’est de tuer des jeunes femmes puis de les embaumer et de les travestir en clones de Grace Kelly. La police est sur les dents mais n’a pas un début de piste.

Mais quand la femme du chef de cabinet adjoint de la Maison Blanche disparaît c’est l’emballement général. Un trio insolite se constitue pour mener l’enquête : Thomas Lynch un policier au tempérament bien trempé, Jack Miller un détective privé, ex du FBI et ami du mari de la disparue et Peter, un geek génial et totalement misanthrope. Mais l’enquête les emmène très vite bien au-delà de ce qu’ils imaginaient.

J’ai dévoré cette enquête menée tambour battant par un trio aussi doué que plein d’humour. Le récit mêle à la fois une enquête policière et la politique américaine, dévoilant les arcanes (vraies ou supposées) de la CIA et de ses méthodes.

Si le thème n’est pas original, la façon de le traiter est très agréable et l’ensemble se lit avec plaisir et facilité. Les rebondissements sont nombreux et assez crédibles et le trio fonctionne à merveille avec chacun son histoire et son caractère.

Les chapitres courts et la narration permettent de conserver l’attention du lecteur tout au long d’un récit bien construit.

Eh oui, à mon étonnement, Zoé Shepard est française, mais elle a su parfaitement retranscrire l’ambiance d’un polar qui se situe aux États-Unis.

Maggie Exton – Zoé Shepard (Editions Stock Collection Arpège – mars 2019)

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Dites-lui que je l’aime de Clémentine Autain

Un déchirant cri d’amour et d’abandon. Clémentine Autain livre avec franchise et pudeur son traumatisme d’enfance : la mort de sa mère à 33 ans alors qu’elle-même a 12 ans.

Une déchirure et une meurtrissure d’enfance dont il lui est difficile de guérir même si elle s’est, au fil du temps, forgée une carapace de protection.

Car cette mère n’était pas comme les autres. Comédienne prometteuse dans les années 70 pour Claude Miller, Catherine Breillat, Christine Pascal, Jacques Doillon, Dominique Laffin est aussi une femme qui ne sait pas être mère, angoissée, toujours sur le fil du rasoir.

Clémentine a grandi, en contre-exemple de cette mère perdue. Elle aura attendu trente ans pour rouvrir cette porte et pour enfin affronter cette béance dans sa vie.

« Tu étais grande, brune, avec des yeux noisette. Je suis petite, blonde, yeux bleus. Dix centimètres d’écart. La distance des couleurs. Rien à voir. Tu étais insomniaque, je dors comme un loir. Tu ne conduisais pas, j’ai passé mon permis. Tu étais artiste, je fais de la politique. Rien à voir je t’assure, ou je me rassure. »

Ce récit, bref, concis, ne cherche pas à apitoyer le lecteur. Il pose les choses, en douceur, sans grand mélo ni fracas et frappe juste.

Comment se construire sans modèle de mère, comment échapper à cette image de comédienne si talentueuse et pourtant si en proie au mal-être, comment se positionner en mère soi-même et répondre aux questions de ses enfants, que reste-t-il de cette filiation si lourde ? Autant de questions que Clémentine Autain aborde, en cherchant les clés de sa libération, comme un pont jeté entre elle et cette mère si mal adaptée au monde.

Un témoignage sincère et émouvant tout en retenue, presque apaisé, comme une acceptation de cette épreuve qui a sûrement aussi façonné la femme qu’est aujourd’hui Clémentine Autain.

Dites-lui que je l’aime (SP Editions Grasset – mars 2019)

La Crue de Amy Hassinger

Ce livre m’a plu dès les premières pages et je n’ai plus eu envie de le lâcher. Ce récit magnifique pose de nombreuses questions sur l’héritage, la culpabilité, les relations familiales et amoureuses, la place de l’homme au cœur de la nature, la quête de soi et de sens.

Rachel Clayborne, mariée et mère d’une petite fille, est alertée par son père sur le fait que sa grand-mère Maddy a décidé de léguer sa maison à son aide à domicile, Diane Bishop. Sur un coup de tête et lassée de sa vie de couple, Rachel saisit cette occasion pour partir, emmenant sa fille avec elle. Elle se rend à la Ferme, lieu d’heureux souvenirs d’enfance et de jeunesse mais où elle n’est pas revenue depuis huit ans. Elle y retrouve sa grand-mère qui perd peu à peu la tête, Joe son grand amour perdu et Diane, la mère de Joe.

« Avant le barrage, les proportions fondamentales de l’univers étaient respectées ; son arrière-grand-mère Mary avait grandi parmi ses frères et sœurs, élevée par son père, sa mère, ses tantes et ses oncles, se déplaçant aussi aisément dans le village submergé qu’un aigle à travers les airs : aimée, partout chez elle, ne manquant de rien. Aujourd’hui, Joe passait ses journées à s’occuper de la chose même qui avait détruit le mode de vie de ses arrière-grands-parents. L’ironie de la situation ne lui échappait guère.»

La Crue met en scène trois femmes fortes, Rachel, Maddy et Diane, liées par leur histoire personnelle mais aussi par la relation conflictuelle entre les amérindiens et les « blancs ». Car avant d’appartenir à la famille de Rachel, les Clayborne, ces terres appartenaient à la famille de Diane, de la tribu des Ojibwés.

L’écriture est pleine de poésie, à l’image des paysages où se déroulent les événements.

Au-delà de l’histoire familiale autour d’un héritage, c’est toute l’histoire de la colonisation par les blancs des territoires amérindiens qui est évoquée ainsi que les problématiques écologiques liées à l’expansion de l’activité humaine.

Le récit se noue autour de la Ferme, mais aussi du barrage, voulu par l’arrière-grand-père de Rachel et qui a fait disparaître tout un village lors de sa construction. Il raconte l’histoire de femmes qui luttent pour leur liberté et ce combat fait écho à celui des autochtones qui continuent de vouloir préserver leurs terres ou de les récupérer. Ce livre raconte la difficile cohabitation entre l’homme et la nature, entre les êtres, entre les populations d’origine d’un pays et leurs colons.

« Finalement c’était une question idiote, ce pourquoi – pourquoi elle aimait la Ferme. Elle y tenait, un point c’est tout. Elle faisait partie d’elle. Elle ne pouvait y renoncer. Voilà au moins une chose qu’elle appréciait dans le fait de vieillir : elle savait qui elle était. Elle ne s’inquiétait plus – comme autrefois dans sa jeunesse – de se comporter comme il fallait ni de devenir une personne comme il fallait. Elle en avait assez de devenir. Elle aimait parce qu’elle avait pris l’habitude, toute sa vie durant, d’aimer, et de se dévouer entièrement à ce qu’elle aimait.»

C’est un récit riche et puissant et trois magnifiques portraits de femmes attachantes.

On ne prend jamais le parti de l’une ou l’autre, le point de vue des trois étant parfaitement compréhensible et c’est aussi la force d’Amy Hassinger de réussir à ne pas nous rendre l’une ou l’autre des héroïnes déplaisante ou de ne pas nous faire épouser l’une ou l’autre cause mais de savoir exprimer toute la complexité des relations et des choix à faire.

Et je ne parle même pas de la maquette du livre qui, entre la sublime couverture et la mise en page intérieure, est d’une extrême qualité et fait de ce livre un objet qu’on a plaisir à mettre dans sa bibliothèque !

La Crue – Amy Hassinger (SP Editions Rue de l’Echiquier – avril 2019)

Comme une gazelle apprivoisée de Barbara Pym

Ce roman est une fois de plus l’occasion de saluer la belle collection Belfond Vintage et son heureuse initiative de rééditer des romans introuvables ou injustement oubliés.

Quel plaisir de côtoyer Harriet et Belinda Bede, deux sœurs célibataires, charmantes vieilles filles anglaises.

Les deux sœurs vivent ensemble dans une maison bourgeoise au cœur d’un typique village anglais. Tea time, brocantes, messes, réunions paroissiales, invitations à dîner… rythment la vie des deux sœurs, Harriet l’extravertie coquette et Belinda la discrète observatrice.

« Observer les allées et venues des gens dans le village était pour elles un véritable plaisir, et elles avaient attendu ce jour avec une impatience presque enfantine – et en même temps bien compréhensible, puisqu’il y a tant d’aspects dignes d’intérêt dans un départ, pour peu que l’on y assiste sans avoir à éprouver ni regret ni tristesse. »

L’arrivée de deux hommes dans le village va pourtant bientôt venir perturber la vie bien réglée de ce petit monde fermé.

Édité en 1950, ce bijou d’humour est diablement attachant. Il nous emmène au cœur d’une Angleterre disparue, en compagnie de deux dames charmantes et pétillantes.

« Harriet avait toujours imaginé que son époux serait grand et aurait le teint pâle –  d’où son penchant pour les membres du clergé. Des hommes du type de Mr Mold ne pourraient jamais avoir belle allure du haut de la chaire. Et, en fin de compte, qui échangerait l’existence douillette d’une vieille fille à la campagne, toujours assurée de la présence d’un pâle vicaire à choyer, contre les vicissitudes inconnues de la vie conjugale ? »

Un livre tout en légèreté et savoureux comme un scone grâce auquel j’ai passé un excellent moment. Parfait pour les vacances.

Comme une gazelle apprivoisée – Barbara Pym (Editions Belfond – juin 2019) – Lecture faite avec NetGalley

Juin 2019

Le mois de juin est fini depuis quelques jours, voici donc le bilan lectures et événements qui ont jalonné ces 30 jours.

Il se trouve que j’ai failli vivre un mois exclusivement féminin… et finalement non, un auteur est venu se glisser dans ma liste de lecture de juin à la dernière minute !

Mais ce mois passé a quand même fait la part belle aux auteures avec 6 romans écrits par des femmes. Et parmi les 6, il y en a 4 qui m’ont particulièrement plu.

Côté lecture…

Je me suis laissée totalement embarquer par Summer de Monica Sabolo et la poésie du récit de ce secret de famille.

Le couple de Les 7 premiers jours d’Agathe  Colombier Hochberg est particulièrement touchant, les sentiments parfaitement justes.

L’île aux enfants d’Ariane Bois a suscité chez moi indignation et compassion devant ce secret d’état si bien gardé.

Et pour finir, parmi mes lectures captivantes du mois , il faut citer Tangerine de Christine Mangan. Une histoire de manipulation et de relations empoisonnées qui tient en haleine.

Le mois de juin a aussi amené deux petites déceptions, même si les lectures n’ont pas été désagréables.

Tout d’abord, L’âme du violon de Marie Charvet. J’attendais plus de l’histoire de cet instrument qui traverse les époques.

Puis Le gang de la Tamise de Jessica Fellowes qui m’a laissé sur ma faim. Une enquête pas forcément très palpitante et surtout pas assez de « sœurs Mitford » dans ce récit.

Et pour finir ce bilan lectures de juin, voici l’homme du mois, ou plutôt les deux hommes du mois : Leonard de Vinci, une biographie de Serge Bramly. Sans doute la biographie la plus complète sur le génie italien.

Côté événements…

Encore et toujours des femmes pour ces événements du mois de juin.

Une jolie rencontre avec Ariane Bois dans le cadre des rendez-vous organisés par Babelio. Une auteure littéralement habitée par ses histoires et engagée. Cette rencontre était organisée autour de son roman L’Ile aux enfants.

Côté musique, le concert de Vanessa Paradis à l’Olympia a été un vrai moment habité par la belle énergie et la musique de cette chanteuse touchante et talentueuse.

Côté restaurant, j’ai découvert Maison Sauvage dans le 6ème arrondissement. Un décor atypique, des plats originaux, une ambiance conviviale. Ce lieu a tout bon, sauf le sourire un peu absent de ses serveurs !

Juillet arrive donc, avec le début des vacances et donc un peu plus de temps pour de nouvelles lectures !

Les sept morts d’Evelyn Hardcastle de Stuart Turton

Voilà un roman que je serais bien en peine de résumer. Et pourtant j’ai été happée d’emblée par l’histoire et les personnages. Je ne pense pas avoir jamais lu un livre tel que celui-ci dans la construction et l’intrigue.

Si on accepte le côté fantastique du récit (ce que j’ai fait) on ne peut être que transporté par l’histoire au point de ne plus lâcher le livre jusqu’au dénouement (ce qui m’est arrivé).

Je tente quand même un petit résumé. Le personnage principal, invité des Hardcastle dans leur domaine anglais de Blackheath, se retrouve condamné à revivre la même journée : celle de la mort d’Evelyn Hardcastle.

« Peut-être est-ce le costume, mais ce geste semble quelque peu théâtral, presque répété. J’ai soudain le sentiment de faire partie d’une pièce dans laquelle tout le monde connaît ses répliques sauf moi. »

Guidé par un homme énigmatique, le médecin de peste, il revit cette journée dans différents corps et doit mener l’enquête pour éviter que ce drame arrive.

Qui en veut à la jeune femme, pourquoi, cela a-t-il un lien avec la mort de son jeune frère survenue 19 ans plus tôt ? Et qui est cette mystérieuse Anna, toujours présente quelque soit le déroulé de la journée et qui semble être aussi engluée dans cette répétition du temps ? Comment identifier ce valet de pied qui semble animé de bien mauvaises intentions ? Autant de questions auxquelles le héros se voit contraint d’apporter des réponses s’il veut se sortir de ce « jour sans fin ».

« Cette journée se répétera huit fois, et vous la verrez avec les yeux de huit hôtes différents. Bell a été le premier, le majordome le deuxième et M. Davies le troisième. Ce qui signifie qu’il ne vous reste que cinq hôtes à découvrir. »

Je l’ai dit, j’ai trouvé ce roman passionnant. Il oblige le lecteur à rester parfaitement attentif tout au long des pages. La construction est intelligente, le style totalement maîtrisé. L’auteur n’hésite pas à glisser même quelques pointes d’humour au cœur d’un récit haletant.

« Rien de ce qui se produit ici n’est inévitable, bien qu’il puisse en paraître autrement. Les événements ne cessent de se dérouler de la même manière jour après jour, parce que les autres convives ne cessent de prendre les mêmes décisions jour après jour. »

Ce roman m’a fait penser par bien des aspects aux Histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe, notamment par ce mélange entre enquête et fantastique.

Les sept morts d’Evelyn Hardcastle – Stuart Turton (Editions Sonatine – mai 2019) – Avec NetGalley