Ours de Philippe Morvan

Merci à Philippe Morvan de m’avoir proposé de découvrir son roman.

Un fabuleux récit qui se lit comme un roman d’aventure mais surtout comme la quête d’un homme qui cherche le bien au milieu de la barbarie et des guerres.

Nous sommes à la fin du 19ème siècle. Gabriel Morange est auvergnat. Les disparitions de son père et de son frère morts à la guerre le convainquent qu’il doit aussi s’engager.

Mais ses illusions et son idéalisme se heurtent rapidement à la réalité de la guerre : les massacres et l’injustice.

« Peut-être qu’être un héros, c’était aller au bout de ses convictions, quel qu’en soit le prix à payer. Comme ces indigènes qui moururent pour défendre leur famille, leur dignité… Ou encore ces rares soldats français qui avaient refusé d’obéir à un ordre qu’ils jugeaient infamant, et qui, en étaient morts. Eux, ils étaient probablement des héros. »

De retour chez lui après avoir été blessé il prend la décision de devenir missionnaire, toujours poussé par sa soif d’idéalisme et sa volonté d’être utile. Mais là encore, la réalité est tout autre. Sa mission auprès des Indiens Navajos en Amérique se révèle bien différente de ce pour quoi il s’est engagé. Et c’est finalement auprès de ces indiens opprimés et massacrés qu’il combattra.

Un roman dur, âpre et remplit d’émotion qui se lit comme en état d’urgence, comme l’est Gabriel Morange, qui ne cesse d’essayer de se racheter, habité par une véritable rage. Le récit nous donne à vivre toutes les contradictions d’un homme livré à ses démons mais aussi en quête de rédemption.

Les personnages qui entourent Gabriel sont tout aussi bien campés et attachants, rendant l’histoire encore plus prenante.

Les chapitres courts ajoutent à l’intensité du récit.

Au final, un moment de lecture empreint d’humanité et une belle rencontre avec un personnage attachant dans ses contradictions.

Ours – Philippe Morvan (Editions Calmann-Lévy – octobre 2018)

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Le dimanche des mères de Graham Swift

Il y a des révélations dans une vie de lecteur (trice) et de réels moments de joie ! Et me voici prête à en partager un avec vous.

Le dimanche des mères de Graham Swift m’a fait vivre un étincelant moment de lecture.

Nous sommes en 1924, Jane Fairchild est bonne dans la famille Niven. En ce dimanche des mères où les domestiques britanniques disposent d’une journée de congés, Jane, qui est orpheline, n’a personne à qui rendre visite. Sauf, son amant Paul Sheringham, fils de bonne famille sur le point de se marier.

Ce 30 mars 1924, alors que son amant part rejoindre sa fiancée, la vie de Jane bascule.

« A présent, on aurait dit que ce qu’ils venaient de faire n’était en soi que franchir une porte donnant accès à cette suprême région de mutuelle et absolue nudité.

La paix. Il en était ainsi chaque jour, mais la vérité banale du quotidien était encore plus vraie aujourd’hui que n’importe quand : jamais il n’y avait eu un jour comme celui-ci, jamais il ne pourrait revenir. »

Je n’avais jamais lu de roman de Graham Swift et très franchement il va falloir que je comble cette lacune.

Ce roman court, 170 pages, est dense, intense. Il prouve avec force que rien ne sert d’être trop démonstratif.

Graham Swift nous emmène au cœur d’une aristocratie déclinante à l’issue de la seconde guerre mondiale et qui subit le contrecoup des pertes humaines de cette guerre.

Il entre en détail dans l’intimité de Jane. L’intimité la plus nue, toute en sensualité, mais aussi toute son intimé intellectuelle.

Il évoque aussi avec force le plaisir de lire et d’écrire.

Un roman ciselé, tout en délicatesse dans lequel le moindre détail, le moindre mot trouve sa place. Un roman que j’ai lu en quelques heures sans pouvoir m’en détacher.

Le dimanche des mères – Graham Swift (Editions Gallimard – janvier 2017 / Folio – janvier 2019)

Livre remporté dans le cadre de Masse Critique de Babelio

Transcription de Kate Atkinson

Soyons franche, ce qui me plait chez Kate Atkinson ce sont moins les intrigues que son humour « so british » qui fait souvent mouche. Je ne crois pas avoir manqué un seul de ses livres depuis que j’ai lu Dans les coulisses du musée.

Et soyons toujours franche, la magie a un peu moins opéré avec Transcription et le sourire est venu moins facilement.

En quelques mots. Nous sommes en 1940, Juliette Armstrong se trouve recrutée par les services secrets britanniques pour transcrire les conversations d’un groupe de sympathisants anglais au nazisme. Une expérience lourde de conséquences 10 ans plus tard car un mystère entoure ce qui s’est passé à l’époque.

Toute la première partie, où on suit Juliette dans son parcours d’espionne m’a semblé bien longue. Heureusement, la seconde partie qui traite des années 50 est plus dynamique et drôle ainsi que le retour sur l’année 40 où nous est dévoilé le secret qui a changé la vie de Juliette. Sans compter la révélation finale qui m’a totalement surprise.

Au final, un moment de lecture pas désagréable mais moins enthousiasmant que ce que à quoi je m’attendais.

Transcription – Kate Atkinson (Editions JC Lattès – janvier 2019)

Merci aux Éditions JC Lattès et à NetGalley pour cette lecture

L’envol de Alia Cardyn

Comment ne pas aimer et ne pas s’attacher aux personnages de L’Envol ?

Dans leur quête d’amour, de reconnaissance ou de rédemption ils posent chacun la question du choix, du sens qu’on donne à sa vie et du besoin d’amour qu’éprouve chaque être humain.

Barnabé, Théa, Jill, tous les trois souffrent d’un manque. Théa est en manque de sa mère et de l’amour de son père, Barnabé pleure son grand amour, et Jill, la mère de Théa, laisse à travers ses lettres à sa fille le témoignage poignant d’un amour perdu mais aussi d’un amour sublime qui transcende tout, celui qu’elle porte à Théa.

Impossible de rester indifférent devant ces rendez-vous manqués entre ces êtres abîmés, déconstruits. Théa est celle qui ira le plus loin dans sa quête en commettant un geste tragique.

L’histoire de ces personnages m’a totalement happée et j’ai souffert et espéré avec eux. Leurs failles sont totalement exposées, entraînant le lecteur au plus profond de leur esprit pour comprendre comment ces enchaînements et ces destins imbriqués ont pu conduire Théa a choisir une façon extrême d’attirer l’attention de son père, comme pour mettre fin à une suite de malédictions, d’exorciser tout ce qui a pu être douloureux dans leurs vie pour enfin connaître le bonheur.

Alia Cardyn raconte le manque d’amour sous toute ses formes. Entre parents et enfants, entre maris et femmes, entre amants, elle explore toutes les facettes avec une écriture à la fois légère et précise. Elle ouvre aussi une porte sur un espoir, celui que toutes ces douleurs n’auront pas été vécues en vain et auront finalement conduit à une véritable renaissance. Un roman profondément touchant.

L’envol de Alia Cardyn (Editions Charleston – février 2019)

Légende d’un dormeur éveillé de Gaëlle Nohant

De Robert Desnos je ne savais rien, ou si peu. Quelques bribes de poèmes, son appartenance au mouvement surréaliste. Voilà à quoi se résumaient mes connaissances.

Je ne savais rien de l’homme engagé, courageux, amoureux, entré en Résistance auprès du groupe AGIR et qui paiera de sa vie sa volonté de ne pas plier devant l’occupant allemand, de ne pas renoncer à sa liberté de parole et de pensée.

«Plus de larmes, ni de cet attendrissement auscultant de vieilles blessures avec l’espoir qu’elles saignent encore. Accepter de laisser mourir, que s’atténue la trace de ceux dont la respiration nous brûlait, dont l’absence prenait tant de place. […]. Écrire pour relier les solitudes, éclairer l’horizon. Envoyer des signaux de reconnaissance à ceux qui espèrent encore en ces créatures pusillanimes, autodestructrices et désarmantes que sont les hommes. »

Voilà un livre qui nous mène dans les pas de tout ce que la France compte d’artistes, d’écrivains, d’intellectuels dans une période troublée qui va de la fin des années 20 à celle de la seconde guerre mondiale. On y croise Eluard, Aragon, Foujita, Cocteau, Breton, Prévert, Man Ray, Jean-Louis Barrault, et tant d’autres. On y apprend ce que fut la vie de Desnos au sein du groupe des surréalistes, sa volonté de s’émanciper du très dictatorial André Breton. On y découvre ses amours et surtout Youki, muse de Foujita. On y apprend surtout qu’il a bravé les lois allemandes et qu’il s’est engagé avec conviction. Un engagement qui lui sera fatal, puisqu’il sera déporté et mourra en 1945.

Je ne cacherai pas que j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, que je suis restée en retrait pendant quelques temps. Un rien dans le style qui m’a retenue au bord du récit pendant quelques pages. Et puis, petit à petit, je me suis laissée couler dans la poésie et dans l’univers de Robert Desnos à travers les mots de Gaëlle Nohant.

L’auteure dose avec justesse les émotions. Elle nous parle d’une époque, la fin des années 20, légère et insouciante qui laisse place à une époque plus tourmentée où les choix des uns et des autres seront cruciaux. Elle nous dresse le portrait d’un homme touchant qui ne renonce pas, ni à l’amour ni à ses convictions.

« Depuis qu’il a rejoint la Résistance, il croise des hommes oiseaux s’envolant sans cesse vers des branches plus hautes pour échapper aux chasseurs, condamnés à vivre sans passé, sans mémoire, à trancher les liens qui pourraient les trahir, les retenir. »

Le travail de reconstitution est aussi magistral, le pouvoir d’évocation est tel qu’on a vraiment l’impression de vivre tous ces bouleversements en même temps que les protagonistes.

Une lecture passionnante et pour moi la découverte d’un poète qui fut un homme admirable.

Merci à lecteurs.com pour cette belle lecture.

Légende d’un dormeur éveillé – Gaëlle Nohant (Editions Héloïse d’Ormesson août 2017– Le Livre de Poche septembre 2018) – Prix des Libraires 2018

La belle aventure des lectrices Charleston

Cette année, j’ai eu la chance de rejoindre la team des lectrices Charleston.

Une aventure passionnante qui m’amène à découvrir, avant publication, les romans édités par cette jolie maison d’édition et à participer aux rencontres qu’elles organisent.

Ce fut notamment le cas le 17 janvier dernier !

Une soirée de rencontres, d’échanges, de découvertes qui m’a permis de rencontrer les autres lectrices et Tonie Behar, l’auteure de Si tu m’oublies (que je n’ai pas encore lu, mais je compte bien me rattraper prochainement !).

Une soirée placée sous le signe de la convivialité, de la discussion chaleureuse autour des livres qui nous sont proposés en lecture et d’avis passionnés.

Il est vraiment captivant de quitter son écran de portable ou d’ordinateur pour entamer de vraies conversations avec des personnes aussi passionnées que soi ! De découvrir d’autres avis sur les lectures qu’on a faites et de pouvoir débattre en direct dans un lieu cosy (Miss Pop Art en l’occurrence pour cette soirée du 17 janvier).

Une très belle initiative des Editions Charleston !