Contour de Rachel Cusk

Ce roman est un triptyque dont les trois parties se nomment Contour, Transit et Kudos. Elles mettent toutes les trois en scène une romancière anglaise, Faye, que le lecteur suit d’abord à Athènes où elle anime un atelier d’écriture puis à Londres où elle est en plein travaux d’un nouvel appartement après son divorce pour finir dans une ville européenne où elle participe à un festival littéraire. 

Dans ces trois récits, Faye va croiser de nombreux personnages connus ou inconnus avec qui elle entame des conversations très diverses sur la vie, la littérature et l’art, l’amour, les relations humaines, la parentalité…

Au fil du récit, le lecteur se rend compte que Faye n’est finalement pas le personnage principal de ces romans. C’est plutôt en creux qu’on apprend des choses concernant sa vie : son divorce, sa relation avec ses fils, sa vision de son métier d’écrivain. Il semble, par contre, qu’elle possède un véritable don pour faire parler les autres. Ils vont ainsi s’épancher auprès d’elle et dévoiler des pans entiers de leurs existences, plongeant parfois dans une intimité très profonde qui entre en résonnance avec la propre histoire de Faye et faisant de celle-ci le réceptacle d’histoires très personnelles.

“J’avais oublié, lui dis-je, à quel point le caractère anonyme de la vie urbaine pouvait être reposant. Les gens n’étaient pas constamment obligés d’expliquer qui ils étaient ici : une ville était une interface lisible, une sorte de lexique du comportement humain qui contribuait pour moitié à percer le mystère d’une personnalité, si bien qu’on pouvait communiquer de manière efficace en employant un genre de langage abrégé. Dans la région provinciale où j’avais vécu, chaque individu était l’unique, et souvent impénétrable, représentation de ses propres actes et ambitions.”

Il faut le dire, ce livre est assez déroutant pour le lecteur. Il rassemble un mélange de personnages et de récits disparates, liés entre eux par le personnage constamment présent, mais en retrait, de la narratrice. C’est riche, dense. On s’interroge parfois sur le but de l’ouvrage mais on se laisse aisément emporter par la plume de l’auteure, fine et précise. Le récit n’est pas non plus dépourvu d’un humour aiguisé et d’une grande lucidité. Il provoque chez le lecteur quelques questionnements sur sa propre relation au monde et aux différents sujets abordés.

Un drôle d’objet littéraire donc, qu’il est difficile de classer et dans lequel les non-dits sont tout aussi importants que les dialogues échangés. Un écheveau de récits qui se répondent, se télescopent et s’entremêlent pour créer une sorte de spirale dans laquelle le lecteur sera entraîné presque malgré lui. 

Contour – Rachel Cusk | Traduction de Céline Leroy et Cyrielle Ayakatsikas (Editions Folio – août 2022)

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