Une autobiographie d’Agatha Christie

Cette autobiographie est une plongée passionnante dans l’intimité de la Reine de crime. Avant d’être cette auteure prolixe et la créatrice d’Hercule Poirot et de Miss Marple, elle est fille, sœur, femme, mère et amie. Ce sont toutes ces étapes qu’elle nous fait traverser avec elle.

Elle nous donne aussi quelques clés sur son processus créatif d’où il ressort que devenir écrivain n’était pas pour elle une vocation et qu’elle ne s’est jamais considérée comme un écrivain « sérieux » malgré ses 70 romans parus.

De son enfance heureuse au cœur d’une famille aimante à son premier mariage qui s’achève par un divorce, de sa vie de mère (même si elle semble ne pas hésiter à laisser sa fille, Rosalind, aux mains d’autres personnes pendant ses longs voyages) à sa rencontre avec son second mari, de ses voyages autour du monde à son entrée dans le cercle des auteurs célèbres, ces plus de 700 pages sont absolument foisonnantes.

« Je crois que j’admire la loyauté plus que toute autre vertu. Loyauté et courage sont parmi les plus belles choses qui soient. Toute forme de courage, physique ou morale, force mon admiration. C’est l’une des valeurs les plus importantes à avoir dans sa vie. Si vous arrivez à supporter de vivre, vous pouvez supporter de le faire avec courage. C’est une nécessité. »

Agatha est une personnalité dynamique qui accueille avec enthousiasme chaque nouvelle expérience. Le mariage, la maternité, un déménagement, des voyages, ses romans, l’archéologie, conduire pour la première fois une voiture ou dîner à Buckingham avec la Reine ! Elle vit tout pleinement, habitée par une indéniable soif de vivre et un humour qui lui permet de prendre beaucoup de recul sur les drames qui ont pu jalonner sa vie ou sur ses immenses succès.

Rien par contre qui pourrait nous éclairer sur sa mystérieuse disparition de 1926, si ce ne sont quelques réflexions au détour des pages concernant son mariage avec Max sur son envie de discrétion après avoir été trop exposée aux feux des projecteurs de la presse. Agatha Christie a emporté son secret.

« On ne cesse de me suggérer, aujourd’hui, une rencontre entre miss Marple et Hercule Poirot – mais pourquoi se rencontreraient-ils ? À mon avis cela ne leur plairait pas du tout. Hercule Poirot, le parfait égocentrique, n’apprécierait pas qu’une vieille fille vienne lui apprendre son métier. Détective professionnel, il ne serait pas du tout à sa place dans le monde de miss Marple. Non, ce sont des stars chacun de leur côté, et sans rien devoir à personne. »

Bien sûr certaines réflexions sont le reflet d’une époque et d’une certaine éducation bourgeoise et semblent aujourd’hui quelque peu datées voire pleines de préjugés aujourd’hui dépassés. Mais c’est aussi un éclairage intéressant sur l’Angleterre à travers le XXème siècle.

Une autobiographie – Agatha Christie (Le Masque – octobre 2019)

Agatha Christie en podcasts :

Les Grandes Traversées sur France Culture ont consacré une série d’épisodes à l’auteure en août dernier. L’un d’entre eux, sous le titre « Christie, mine d’or pour les adaptateurs / Dans le Devon, sur les terres d’Agatha… », regroupe une multitude d’archives de films et de pièces de théâtre puis nous entraîne dans la campagne chère à dame Christie !

La disparition d’Agatha Christie :

Du 3 au 14 décembre 1926, Agatha Christie alors âgée de 36, mariée à Archie Christie, son premier mari, et déjà auteure de 6 romans disparaît totalement. Sa voiture sera retrouvée au bord de l’étang de Silent Fall, mais aucune trace d’Agatha. Les plus folles rumeurs courent alors. Suicide ? Enlèvement ? Meurtre commandité par Archie ? Agatha venait de perdre sa mère, son mariage se délitait, elle était moralement au plus bas. Il faudra 11 jours pour qu’elle soit identifiée par un musicien d’un groupe de jazz et donc retrouvée dans un hôtel d’Harrogate, au Nord de l’Angleterre, où elle s’est enregistrée sous le nom de la maîtresse de son mari. Quand celui-ci vient la chercher, Agatha le suit sans un mot. Elle n’expliquera jamais son geste, même pas à sa fille Rosalind.

La littérature et les biographes se sont bien sûr emparés de cet épisode pour émettre des séries d’hypothèses. Pour ma part je dois dire que j’ai beaucoup aimé le livre que Brigitte Kernel a consacré à ces 11 jours, « Agatha Christie, le chapitre disparu ».

3 commentaires sur “Une autobiographie d’Agatha Christie

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s