La traversée de Pyongyang de Marc Nexon

Marc Nexon est journaliste au Point. Depuis de nombreuses années il souhaite se rendre en Corée du Nord mais son statut de journaliste ne fait pas de lui un hôte bienvenu. En 2018 il y parvient toutefois en passant par un tour opérateur et en s’inscrivant au marathon de Pyongyang. Encadré par trois guides locaux, ses moments de liberté en République populaire démocratique de Corée sont rares, pour ne pas dire inexistants et ce n’est pas la course à travers la ville qui va lui en apprendre plus. 

Que dire de ce livre ? Il se lit vite mais malheureusement je n’ai pas eu l’impression d’en apprendre beaucoup sur la Corée du Nord. Toujours flanqué de ses guides, Marc Nexon n’a quasiment jamais l’occasion d’échanger avec les habitants et même lorsque cela arrive, il n’a pas le temps de créer une relation qui pourrait déboucher sur des conversations intéressantes. Il développe ainsi une espèce de paranoïa probablement justifiée dans un tel pays, allant jusqu’à explorer sa chambre d’hôtel à la recherche d’un micro ou de caméras et laissant des pièges pour vérifier si ses affaires sont fouillées en son absence.  

Bizarrement, tout au long du récit, je n’ai pas pu me défendre d’une sensation étrange, comme s’il s’agissait ici plus de jouer à se faire peur que de risquer réellement quelque chose.  

« Enfin je réalise. La raison de mon malaise, c’est ce silence. Un silence de laboratoire. Pas comme le nôtre, toujours remué par le bourdonnement des avions, le piaillement des oiseaux, le lointain vacarme d’un chantier. Ici le cliquetis d’un vélo, le sarcloir d’une femme ou le ressort de mes baskets sonnent comme du verre. » 

Ainsi Marc Nexon revient sur l’affaire Otto Warmbier, un étudiant arrêté en Corée du Nord en 2016 et condamné à 15 ans de travaux forcés car il aurait tenté de voler une affiche de propagande dans un hôtel. Le jeune homme sera rapatrié aux Etats-Unis, dans le coma, et mourra quelques jours après son retour. De cette histoire, Marc Nexon en fait une transposition assez étrange, s’imaginant se mettant à son tour en quête du 5ème étage fantôme de son hôtel (l’étage réservé à la surveillance ?). Mais en réalité, jamais il ne cherchera cet étage.  

L’auteur transforme ainsi la moindre anecdote en drame éventuel, jouant sur la peur que son identité de journaliste soit découverte. Ce qui n’arrivera pas (et tant mieux pour lui, car il est ainsi revenu sans encombre de Corée du Nord !). 

Ce livre met toutefois le doigt sur quelques réalités du régime et sur les obligations plus ou moins délirantes auxquels doivent se conformer les touristes comme les coréens comme par exemple ne pas plier le journal à l’emplacement de la photo du dictateur. L’atmosphère est assez oppressante et parfois totalement irréaliste, comme lorsque Marc Nexon décrit le silence d’une ville où même les oiseaux sont absents ou lors des échanges avec les guides dont les propos semblent toujours dissimuler des menaces voilées. A moins que ce ne soit l’imagination de Marc Nexon qui nous entraîne sur cette voie. Une lecture en demi-teinte donc en ce qui me concerne.  

La traversée de Pyongyang – Marc Nexon (Editions Grasset – février 2020)  

4 commentaires sur “La traversée de Pyongyang de Marc Nexon

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