La pendue de Londres de Didier Decoin

Sans être un documentaire, ce récit est basé sur des faits réels. A savoir la dernière exécution par pendaison d’une femme au Royaume-Uni en 1955.  

Ruth Neilson, devenue Ruth Ellis après son mariage, est une jeune femme entreprenante et débrouillarde. Si sa vie n’est pas un lit de roses, elle ne se plaint jamais et avance comme elle peut. Abusée par son père dans son enfance, frappée par ses amants, contrainte d’user de ses charmes pour vivre, Ruth est une battante malheureuse. Elle en arrivera à commettre l’acte pour lequel elle est condamnée. 

En parallèle, Didier Decoin nous retrace la vie d’Albert Pierrepoint l’un des derniers exécuteurs officiels au Royaume-Uni, un bourreau donc.  

Albert n’a pas d’état d’âme sur son état, il l’exerce avec méthode et application. Il aura à son actif 435 pendaisons entre 1932 et 1956, dont 17 femmes et 200 criminels de guerre. 

Ces deux vies parallèles que l’auteur nous fait partager sont pourtant vouées à se croiser, car Albert sera celui qui passera la corde au cou de Ruth. 

« C’est ainsi que la jeune fille qui ressemble un peu à Marylin Monroe et le bourreau qui ressemble un peu à Stan Laurel se rencontrent un soir de brume par le plus grand des hasards, et presque aussitôt s’écartent l’un de l’autre sans pressentir le moins du monde que la vie, et la mort vont bientôt les réunir à nouveau. Il n’y avait rien ce soir là, aucun signe, aucun présage donnant à penser qu’ils allaient un jour se retrouver. Leurs destins étaient déjà tracés, mais ils n’étaient pas visibles, ils étaient encore de ces choses qui croissent dans le silence, qui bourgeonnent dans les ténèbres, comme certains cancers, comme certaines amours aussi, il y a tellement d’informulé dans un être humain. » 

Tout en subtilité et retenue Didier Decoin nous livre une véritable réflexion humaniste pleine de sensibilité. A travers les interrogations du bourreau et l’effondrement progressif de ses certitudes, à travers la trajectoire à la fois sordide et fulgurante de cette jeune femme condamnée, c’est à une profonde réflexion sur la banalité du mal, la justice, l’utilité de la peine de mort, que nous convie l’auteur. 

Distillant ce qu’il faut d’émotion pour nous rendre les personnages attachants, il construit le récit comme une minutieuse enquête afin de nous amener à la scène inéluctable de la rencontre fatale entre les deux personnages.  

Sans jamais poser de jugement, il laisse le lecteur se faire sa propre vision des choses, n’accablant ou ne défendant personne tout au long du récit dans lequel il décortique toutes les étapes qui mèneront Ruth face à Albert. 

Un roman difficile à lâcher jusqu’à la dernière page. 

La pendue de Londres – Didier Decoin (Editions Le Livre de Poche – février 2018 / Éditions Grasset – mai 2013) 

Albert Pierrepoint en quelques lignes

Né en 1905 en Angleterre, Albert Pierrepoint est issu d’une famille de bourreaux britanniques. Son père, Henri et son oncle, Thomas l’étaient également. Il commença sa carrière en tant qu’aide de son oncle, avant d’officier seul. Il était également tenancier de pub dans le civil.

Sa biographie nous dit qu’il est considéré comme l’un des bourreaux les plus « prolifiques » du XXème siècle. Parmi ses exécutions célèbres, et sur lesquelles le livre de Didier Decoin revient, on peut citer celles faites à Hamelin (Allemagne) et qui concernaient 13 criminels nazis dont Irma Grese, la plus jeune garde de camp de concentration, condamnée pour ses actions commises dans les camps de Bergen-Belsen et Auschwitz.

Albert Pierrepoint arrête sa carrière en 1955, soit un an après l’exécution de Ruth Ellis. Les dernières exécutions au Royaume-Uni datent de 1964.

En 2005, Adrian Shergold lui consacre un film : Pierrepont : The last hangman  

8 commentaires sur “La pendue de Londres de Didier Decoin

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