Mary Anne de Daphné du Maurier

Mary Anne Farquhar est une fillette vive et débrouillarde. Elle vit au cœur du Londres populaire du XIXème siècle et n’a qu’une envie : sortir de sa condition. Car pour Mary Anne, pas question de reproduire la vie de sa mère, qui peine à joindre les deux bouts, affublée d’un mari ivrogne qui finira par les abandonner et de plusieurs enfants suspendus à ses jupes. Mary Anne croit trouver en la personne de Joseph Clarke celui qui lui permettra d’accéder à son rêve. Mais il lui faudra bien admettre qu’elle s’est trompée de prince charmant. Toutefois, Mary Anne n’est pas sans ressources et notamment celles de son intelligence et de sa beauté. Elle va croiser la route d’un homme avec lequel elle va conclure un pacte qui l’amènera à devenir la maîtresse du Duc d’York, fils du roi et chef des armées. Une liaison qui durera plusieurs années. Mais le Duc se lasse et abandonne sa maîtresse. Bafouée et trahie, Mary Anne entreprend de se venger. Et la voilà embarquée dans un procès pour corruption incluant son royal amant. Mais est-elle de taille à lutter contre de si illustres ennemis ?

Splendeurs et misères d’une courtisane. Daphné du Maurier nous raconte ici la vie de son arrière-grand-mère. Cette vie sortie de la quasi misère pour briller dans la plus haute société mais dont la chute n’en est que plus spectaculaire. Car Mary Anne ne cessera de devoir lutter pour ne pas retomber dans la pauvreté, n’hésitant pas à se vendre au plus offrant sans perdre de vue son ambition, son envie de protéger ses enfants et sans être dupe de toutes les déclarations que les hommes qui frappent à sa porte peuvent lui faire.

« – S’il s’agit d’une sécurité véritable, dit-elle – elle parlait plus lentement à présent, choisissant ses mots -, il n’est rien dont je ne sois capable pour y parvenir. Vous avez rencontré ma mère, cet après-midi, Mr Ogilvie. Elle tremble, elle est nerveuse, vieillie avant l’âge. Abandonnée par deux maris, elle n’a personne pour la protéger. J’ai eu de la chance, sinon nous serions mortes de faim. Je ne veux pas finir comme elle. Ni mes enfants. J’ai perdu un fils… J’ai fait un vœu. Je ferai tout ce qu’une femme peut faire au monde ; que ce soit vil, sale ou méchant, peu m’en chaut. Mais, par le Ciel, le petit garçon que vous avez mis ce soir dans son bain poussant des cris de paon, et ses sœurs aussi, grandiront sans soucis, il faut qu’ils soient à l’abri du besoin. Tout ce que j’ai fait dans le passé, tout ce que je ferai à l’avenir, c’est pour eux ; et le Ciel ait pitié de l’homme qui se jouerait de moi. »

Daphné du Maurier dresse un portrait touchant de cette femme qui se débat au milieu des créanciers, face à la justice, à la vindicte. Une femme qui reste forte et combative et qui joue avec les armes que la nature lui a donné. C’est aussi une vision très intéressante d’une époque et d’un monde où la femme avait finalement assez peu de latitude pour gagner sa liberté et où elle se retrouvait à dépendre des hommes qu’ils soient père, mari, amant, protecteur. Aucun qui n’agisse sans arrière pensée, sans attendre un paiement en retour. Le roman décrit parfaitement la vulnérabilité de Marie Anne mais aussi sa capacité à rebondir et à utiliser les faiblesses des uns et des autres.

On est ici très loin d’un récit comme Rebecca à l’atmosphère sombre et inquiétant. C’est un roman plus proche d’un Balzac qui décrit avec assez de détails les luttes politiques en Angleterre, luttes dans lesquelles Mary Anne aura un rôle à jouer. Mais ce n’est pas moins passionnant et captivant de bout en bout. L’image de fin est absolument magnifique et résume à elle seule ce destin hors du commun.


Mary Anne –  Daphné du Maurier / Traduit par Denise Van Moppès (Éditions Le Livre de Poche – août 2020)

8 commentaires sur “Mary Anne de Daphné du Maurier

  1. Une histoire assez surprenante pour les lecteurs habitués au style de Daphné du Maurier! Malheureusement, cette histoire ne correspond pas aussi bien à son style que ses autres récits… Ou peut-être celle-ci était trop personnelle d’une certaine manière? Ce roman offre un moment de lecture agréable mais je crois qu’il déçoit les lecteurs en quête de frissons « à la Rebecca » 😉

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