Pas la guerre de Sandrine Roudeix

Assia et Franck sont jeunes et follement amoureux. Vivre ensemble a été une évidence. Mais ce soir Assia a eu une phrase malheureuse, une phrase qui a blessé Franck et qui a creusé un fossé entre eux. Ce soir, tout semble remis en question et cette nuit sera décisive pour le jeune couple.

Dans ce roman qui laisse la parole alternativement aux deux personnages, Sandrine Roudeix explore la relation amoureuse, la peur de l’engagement, les différences qui éloignent plus qu’elles ne rapprochent, la difficulté de construire à deux et de communiquer, le poids des origines (sociales, familiales, culturelles).

La première partie est fantastique, sublime de sensualité, de subtilité, terriblement impactante dans ce que le récit décrit des sentiments amoureux. Sandrine Roudeix entre dans l’intimité de ce couple et condense sur une unique nuit l’entièreté de leur relation, de la rencontre à cette fatale soirée. Les mots d’amour, de désir, parfois de frustration, de rancœur et de colère sonnent juste. L’auteure y exprime à merveille à la fois cette envie et cette peur de s’abandonner à l’autre.

“Avec Franck aussi, ils étaient excités le week-end où elle avait emménagé après avoir parlé à sa mère. Des mois qu’elle attendait ça. Mélanger ses vêtements à ceux de Franck. Mixer leurs envies et leurs projets dans ce deux-pièces de trente-huit mètres carrés suspendus au quatrième étage d’un vieil immeuble de l’avenue de Clichy. Et tracer les contours d’une nouvelle vie.”

D’autant que dans le cas de Franck et Assia la peur est alimentée par leurs différences. Assia, née en France de parents marocains et Franck qui a grandi auprès d’un père militaire. Deux identités à construire, deux origines avec ou contre lesquelles se structurer. Et au milieu de tout cela essayer de laisser s’épanouir leur amour, trouver sa place au sein du couple, apprendre à donner et à recevoir, découvrir une nouvelle manière d’être, être deux tout en conservant sa singularité, apprendre le compromis.

La seconde partie perd malheureusement en émotion. Les dialogues entre Franck et Assia sont peut-être trop démonstratifs, trop écrits et finissent par manquer de naturel. C’est pourtant dans ces dialogues qu’on comprend le mieux l’antagonisme de ces deux jeunes gens, arc-boutés sur leurs certitudes. On y lit aussi leur crainte de perdre leur liberté au profit de l’autre, leur peur d’être jugés, leurs revendications en tant qu’individus. Et cela va bien au-delà de leur relation de couple.

Malgré ce petit bémol, on ne peut encore une fois qu’être conquis, après Ce qu’il faut d’air pour voler, par la grâce et l’élégance que met Sandrine Roudeix dans sa manière d’explorer l’intime et de fouiller les sentiments.

Pas la guerre – Sandrine Roudeix (Editions Le Passage – janvier 2022)

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