Il n’est pire aveugle de John Boyne

Odran Yates est encore un enfant lorsque sa mère lui déclare qu’il a la vocation. Respect filial ou réalité, Odran va consacrer sa vie à Dieu et devenir prêtre. Du séminaire aux allées du Vatican, il aboutira à Terenure College. Lieu dont on vient de lui demander de partir après vingt-sept ans de carrière pour aller remplacer Tom Cardle dans la paroisse où il officiait. Tom Cardle qui est une nouvelle fois déplacé. Tom Cardle, ancien condisciple d’Odran au séminaire et avec qui il est resté ami. Si la carrière d’Odran s’est ouverte sous les meilleurs auspices, à une époque où l’église Irlandaise était une institution respectée, au fil des années elle a perdu bien de son aura.

A mesure que sortent les affaires d’abus, c’est toute l’institution et son fonctionnement qui sont remis en cause et les interrogations s’insinuent dans l’esprit d’Odran. A-t-il été volontairement aveugle ? Savait-il ce qui se passait et a-t-il refoulé cela au fond de son inconscient pour ne pas mettre en péril ses croyances ou par fidélité à une institution à l’intérieur de laquelle il s’est toujours senti protégé ?  

Décidément, John Boyne est un auteur qui surprend à chaque fois. Après les magnifiques Les fureurs invisibles du cœur et L’audacieux Monsieur Swift, il nous entraîne dans les arcanes d’une Église entachée par les scandales dans les pas d’un homme qui doit affronter sa propre culpabilité.  

« C’était à des moments comme celui-là que j’aurais aimé être là-bas pour ranger, au lieu de me trouver dans ce presbytère, obligé de fouiller pour découvrir un problème personnel que je serais probablement incapable de résoudre de toute façon. Pourquoi s’adressaient-ils à moi, pour commencer, alors que je ne savais rien de la vie ? » 

Arrivé à la prêtrise à la suite d’un drame familial qui a irrémédiablement changé sa vie, Odran ouvre peu à peu les yeux sur d’autres drames dont un qui le touche de près et pour lequel il n’avait pourtant rien vu.  

Alternant passé et présent, le roman revient sur les traces d’Odran et sur son histoire intimement liée à celle de l’église et de son pays. Habitué à obéir (à sa mère, à ses professeurs, à ses supérieurs), Odran se rend compte petit à petit qu’il a mis de côté son esprit critique et d’analyse, prenant pour argent comptant ce qu’on lui dit et ignorant ce qu’il ne voulait pas voir et qui touchait sa propre famille de près.  

Ce roman tout en nuances et en sensibilité met en scène un personnage terriblement humain qui illustre magistralement tout ce qu’on ne veut pas voir, tout ce qu’on se cache à soi-même. C’est encore une fois brillamment juste.  

Il n’est pire aveugle – John Boyne/Traduction de Sophie Aslanides (Éditions JC Lattès – avril 2021) 

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