Ce matin-là de Gaëlle Josse

Il aura suffi que sa voiture refuse de démarrer pour que la vie de Clara, trente-deux ans, bascule. Très investie dans son travail dans une société de crédit, la jeune femme sombre alors dans une dépression, un burn-out dont elle ne parvient pas à s’extraire. Il faudra un séjour chez un couple d’amis à la campagne pour que Clara reprenne pied et se projette dans un avenir qui demeure fragile à bien des égards.

Gaëlle Josse fait ici la chronique d’un mal qui touche de nombreuses personnes et qui est pourtant loin d’être compris. Pour beaucoup, un burn-out est un aveu de faiblesse dans un monde du travail où il faut se montrer sûr de soi, combatif, gagnant.

Mais il me semble que le burn-out de Clara est bien doux, bien poétisé sous la plume de Gaëlle Josse. Alors que cette dépression doit être la preuve d’un véritable mal-être et sans doute être vécu avec une extrême violence, dans ce roman tout est feutré, glissant.

“Si elle ferme les yeux, elle revoit son box, la moquette, l’écran, les deux fauteuils aux accoudoirs chromés, quelque chose s’affole en elle, un moineau entré dans une pièce et qui se tape contre les vitres, une envie de se dissoudre dans un angle, de se confondre avec le mur et le carrelage, de tout oublier.”

On ne pénètre jamais complètement dans une intimité qui doit pourtant être totalement retournée par cet événement. Ainsi Clara passe une journée à la mer, et on se demande où elle trouve la force et l’envie d’une telle escapade ? Clara se fait quitter par son compagnon qui ne comprend pas ce qui lui arrive, bon. Certes Clara chipote dans son assiette et regarde son linge tourner par le hublot de sa machine à laver, mais cela semble bien léger pour exprimer un sentiment de désarroi, de désespoir total et profond, d’effondrement.

“Elle voudrait ajouter que la vie court vite, qu’elle court sur les corps et les visages, qu’elle laboure les cœurs et les âmes, que le temps nous met des gifles jour après jour et que les larmes et les souvenirs creusent d’invisibles rivières, qu’il faut courir vers son désir sans regret et sourire à ce qui nous porte et nous réjouit.”

Heureusement Clara a la chance d’avoir une très bonne amie qui vit à la campagne avec son mari. Et Clara peut ainsi remettre en perspective ses propres soucis par rapport aux difficultés du monde agricole. Et retrouver là l’énergie de répartir et de changer de voie professionnelle pour enfin faire ce à quoi elle se destinait plus jeune.

Voilà, on ressort de cette lecture en ayant l’impression d’avoir survolé un sujet qui méritait plus de profondeurs, de véracité, d’émotions. Sans jamais ressentir vraiment d’empathie pour Clara. Sans éprouver l’intensité du cataclysme. Sans avoir été pris aux tripes par l’écroulement de tout ce dans quoi Clara croyait jusque là. Dommage.

Ce matin-là – Gaëlle Josse (Editions Noir sur Blanc – janvier 2021)

7 commentaires sur “Ce matin-là de Gaëlle Josse

  1. Je le lirai parce que le sujet me parle et je l’ai approché et il est à la bibliothèque mais j’ai souvent lu qu’il n’était pas assez impliqué dans ce que qu’est vraiment un burn out…. Déjà le précédent m’avait un peu moins plu et pourtant j’aime beaucoup cette auteure… 😉

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