Les orphelins de Bessora

Barbara et Wolfgang Schultz ont huit ans. Ils sont jumeaux et allemands. Typiquement aryens. La seconde guerre mondiale est finie depuis trois ans et comme beaucoup de petits allemands, les deux enfants sont orphelins. Ils ont été choisis pour rejoindre un programme mené par une organisation de bienfaisance qui a pour objectif de les faire adopter par des couples blancs installés en Afrique du Sud. Une adoption qui a aussi un but plus trouble puisque cette organisation a des tendances pro-nazies et qu’elle vise à donner du sang neuf aux Afrikaners qui craignent que les noirs ne finissent par les remplacer. Rappelons que les Afrikaners sont des sud-africains blancs, non-anglophones.

A leur arrivée au Cap, Wolf et Barbara vont être confrontés aux idées racistes de leur famille d’adoption. Chacun d’eux se construira en opposition à cette famille. Devenu adulte, Wolfgang cherchera à remonter la piste de leur origine, à retrouver des traces de sa famille restée en Allemagne pour, peut-être, transmettre un autre héritage à ses filles et les décharger du poids du secret.  

Après le très beau La race des orphelins d’Oscar Lalo, voici une nouvelle plongée au cœur de l’histoire allemande et des conséquences de la guerre dont les victimes sont encore une fois des enfants.  

« Moi-même j’en suis choqué. Mais il y a des gens, vous les aimez inconditionnellement. Ceux qui sont de votre sang. Ceux qui sont de votre enfance. On ne rompt pas avec son sang. Et son enfance, on ne la quitte jamais. Parce que, au milieu de ce qui vous déplace, de ce qui vous remplace, c’est tout ce qui vous fait tenir en place. » 

Wolfgang est le narrateur à fleur de peau de ce récit qui lève le voile sur ce terrible épisode de l’histoire. Un récit qui raconte l’exil, l’écartèlement entre deux civilisations qui prônent chacune la suprématie d’une race sur d’autres, la difficile construction d’enfants transplantés d’un monde à un autre, le poids de l’héritage. Les deux enfants puisent leurs forces l’un dans l’autre durant toute leur vie et face à tous les événements qui vont leur arriver. On suit ainsi Wolfgang et Barbara de l’enfance à l’âge adulte mais aussi les deux filles de Wolfgang et jusqu’à sa petite fille.  

C’est un récit très fort, sur un sujet méconnu et dans lequel Bessora insuffle à la fois une grande sensibilité et une violence à peine contenue. Cette période de l’histoire n’a décidément pas fini de dévoiler ses secrets.  

Les orphelins – Bessora (Éditions JC Lattès – mars 2021) 

8 commentaires sur “Les orphelins de Bessora

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