Cher Connard de Virginie Despentes

J’ai mis un certain temps à rédiger cette chronique. Car j’ai été confrontée, quasiment dès les premières pages du livre, à un sentiment négatif, voire d’ennui. J’ai donc laissé maturer pour voir si le sentiment persistait malgré tout le bien que j’ai pu lire sur ce roman. Et il a perduré. Mais j’ai pris le parti de le partager quand même car, après tout, nous sommes bien d’accord que tout le monde ne peut pas aimer les mêmes livres. Ce serait d’une tristesse infinie.

Donc, le cher connard en question se nomme en vrai Oscar Jayack. Auteur d’un premier roman mais visiblement en panne d’inspiration pour la suite. Après avoir proféré quelques remarques désagréables au sujet de Rebecca Latté, actrice de son état, sur les réseaux sociaux le voilà pris à partie par ladite actrice dans un courrier (un mail compte tenu de notre 21ème siècle ?) assez virulent.

Il se trouve que Oscar et Rebecca se sont connus bien plus jeunes et vont donc entamer un échange épistolaire (encore une fois ce terme, qui désigne une correspondance basée sur des lettres, ne me parait pas approprié mais je ne crois pas qu’on ait inventé quelque chose pour les échanges par mail à moins que ce ne soit un échange virtuel ?) à base de souvenirs communs et de considérations plus actuelles. D’autant qu’en parallèle, Oscar se retrouve pris dans une affaire de harcèlement. Il est en effet accusé par Zoé Katana, l’ancienne attachée de presse de sa maison d’éditions, de l’avoir poursuivie de ses assiduités au point de la faire démissionner et de la conduire à la dépression.

Soyons clair, j’attendais plus de ce livre que j’ai vu passer une multitude de fois sur les réseaux sociaux et dans les pages des magazines.

J’ai surtout eu l’impression de me retrouver face à un grand fourre-tout de sujets d’actualité qui laisse à penser que l’auteure a voulu, à toute force, coller à l’air du temps. Harcèlement, pouvoir des réseaux sociaux, féminisme, ado en rébellion… le catalogue est complet. On y ajoute une pointe d’alcoolisme et de drogue pour faire bonne mesure. On saupoudre avec une petite touche de Covid et de confinement. On ajoute un personnage homosexuel. Le tout se déroulant dans deux mondes bien connus de Virginie Despentes : la littérature et le cinéma. L’ensemble sonne très artificiel, très “sujet imposé”.

Les trois protagonistes vont ainsi déverser leurs sentiments, leurs peurs, leurs espoirs, en bref l’ensemble de leur vie au cours de ces échanges. Des liens vont se tisser entre eux, des réflexions naitre de leurs conversations, des rédemptions se réaliser. Mais tout cela parait d’une telle évidence qu’il nous serait possible d’écrire la fin avant de l’avoir lue.

Très peu de découvertes donc dans ce roman, de pensées originales et inédites. Mais un bon nombre de lieux communs qui opposent : hommes et femmes, jeunes et vieux…

Et pour finir, personnellement je n’ai pas trouvé non plus d’intérêt au traitement en mode épistolaire (décidément, ce mot ne va pas !). On est quand même à des années lumières du talent d’un Choderlos de Laclos qui maîtrise l’art de faire avancer son histoire grâce aux lettres et de rendre compréhensible une intrigue finement ciselée !

Cher Connard – Virginie Despentes (Editions Grasset – août 2022)

A lire aussi la chronique de Bye Bye Blondie (là, c’est un coup de cœur !)

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12 commentaires sur “Cher Connard de Virginie Despentes

  1. Après tous les commentaires positifs que j’ai lus à sa sortie, je me suis dit que j’allais tout de même attendre de voir ce qu’en disent les retours plus mitigés voire négatifs. Et j’ai bien fait car, s’ils pointent parfois des choses différentes, les mêmes points reviennent assez fréquemment (les oppositions, la liste des sujets d’actualité, etc.) ; surtout, ce sont des choses plutôt rédhibitoire pour moi. Mais bon, j’ai quand même prévu de le lire (probablement début 2023) histoire de me faire mon propre avis.

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  2. Ce livre est une supercherie commerciale, ou comment vendre une auteure soit disant « punk » comme un paquet de lessive. J’ai lu son roman épistolaire à sa sortie. Il est d’une médiocrité rarement atteinte. On dirait une discussion de comptoir dans laquelle elle se confie à travers ses personnages sur ses nombreuses addictions. Je suis dur avec Virginie Despentes, mais vendre son roman comme s’il était un chef d’œuvre absolu est profondément malhonnête. Nous nous rejoignons sur la médiocrité de ce livre. Merci pour ce retour !

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