Pastorale d’Aki Ollikainen

Finlande par une chaude journée d’été. Neuf personnages de trois générations différentes vont voir leurs destins et leurs histoires s’entremêler. Il y a tout d’abord Vilho et Sirkka, les plus anciens. Installés là depuis toujours. Sirkka perd peu à peu la tête et ses repères sous le regard amoureux et inquiet de son mari. Puis Leena, leur fille, mariée à Esko. Meri, la plus jeune qui cherche la compagnie du jeune Kaius, lui-même fils des voisins de la famille, Élina et Aatu, venus de la ville pour s’installer et vivre dans cette campagne si particulière. Et enfin Reino, revenu pour enterrer son frère sur cette terre qu’ils avaient quitté pour s’installer en Suède. Durant cette journée, chacun va faire l’expérience de la vie, de l’amour, de la maladie et de la mort. Et se poser nombre de questions existentielles.  

Ce court roman est un huis clos poétique qui s’étend sur une unique journée. La nature y est omniprésente, l’eau est un personnage central mais aussi les animaux qui peuplent cette campagne – un loup, des corbeaux, un agneau muet – comme autant de prolongement des neufs êtres humains qui vivent là et comme autant de présages de ce qui les attend. 

« Le regard de Leena se focalisa sur le point où la rive opposée devenez ciel. C’était là, derrière l’horizon, que tous semblaient aspirer à se rendre. Mais qui savait rester tranquillement à sa place comprenait que les changements des temps nouveaux étaient advenus ici aussi, et qu’ils dureraient. Que d’année en année les branches des bouleaux riverains se tendaient toujours plus près de l’eau, que le pas des hommes raccourcissait, les voix familières s’assourdissaient et laissaient place à d’autres. Que les cours des fermes autrefois si bien entretenues se couvraient de mauvaises herbes et les lupins colonisaient le bas-côté des routes. »   

Le lecteur se laisse peu à peu happer par ce conte onirique habité à la fois par une grande douceur et par la conscience très claire que des choses terribles guettent les habitants du village. Aki Ollikainen fait ainsi arriver les événements lentement, progressivement sans à-coups ni violence. 

C’est extrêmement puissant, empli d’une magie particulière due à présence de la nature, délicat dans ce que cela raconte de cette famille, de leur histoire et de leurs relations. On perd parfois pied entre la réalité et l’imaginaire mais toujours avec bonheur, comme à la lecture d’un long poème ou comme à travers un songe.  

C’est une expérience de lecture tout en lyrisme et habitée par une douce mélancolie. Une parenthèse qui relate un instant de vie simple que l’auteur a su rendre envoûtant.  

Pastorale – Aki Ollikainen / Traduit du finnois par Claire Saint-Germain (Éditions 10/18 – janvier 2021) 

9 commentaires sur “Pastorale d’Aki Ollikainen

      1. La faim blanche aussi, c’était un univers particulier. Je ne me suis pas jetée sur Pastorale à sa sortie, mais en poche, j’ai envie de tester, qui plus est après avoir lu ton billet 😊

        Aimé par 1 personne

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