Les Déracinés de Catherine Bardon

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« Cette nuit-là, je découvris que j’avais besoin d’Almah pour former un tout parfait et, dans sa façon de m’aimer, je devinai une exigence d’éternité. »

Almah et Wilhelm ont tout pour être heureux. Ils sont jeunes, amoureux, brillants. Leur mariage semble être le début d’une vie comblée. C’était sans compter l’époque troublée que vit l’Autriche en ces années 1930. La montée du nazisme, de l’antisémitisme, les persécutions qui en découlent, le suicide des parents d’Almah vont persuader le jeune couple de quitter ce pays devenu dangereux.

« Il ne raconta pas à Almah qu’à son arrivée au camp, il avait été frappé à coups de matraque. Il ne raconta pas que des prisonniers couraient en tous sens pendant que les gardes leur tiraient dessus et que d’autres se jetaient tête baissée sur la clôture électrifiée. Il ne raconta ni le froid, ni la faim, ni les sévices, ni la douleur, ni la cruauté, ni la peur. »

Leur seule porte de sortie paraît être d’accepter de rejoindre la République Dominicaine, dont le dictateur au pouvoir offre des visas à des Juifs venus du Reich et qui auront pour mission de faire sortir une ville de terre et de construire leur avenir dans ce pays inconnu. Commence alors une longue errance avant de pouvoir mettre le pied sur cette « terre promise » où ils pourront, peut-être, construire leur vie. A la fin de la guerre, se posera pour eux et les habitants de Sosúa la difficile question du retour ou d’un ailleurs.

« Nous étions maintenant arrivés. A l’arrêt. Il n’y avait plus rien à imaginer, tout était devant nous. Tout, c’est-à-dire… rien.»

Si les 100 premières pages m’ont paru un peu longues, le temps que l’histoire s’installe, le reste du livre m’a totalement embarquée.

Catherine Bardon revient sur des événements terribles qu’il est toujours bon de rappeler pour qu’ils restent dans les mémoires et ne deviennent pas des événements banalisés du passé.

Elle nous raconte la fin de l’insouciance, la fuite, la fin des illusions, la douloureuse expérience de l’exil et met la lumière sur un épisode mal connu de la seconde guerre mondiale (enfin en ce qui me concerne, je n’avais jamais entendu parler de cet exil en République Dominicaine).

« Pouvaient-ils fermer les yeux devant les abus et les exactions du régime ? Comment vivre la conscience tranquille quand ils devaient leur place au paradis au génocide des Haïtiens ? Pouvaient-ils vivre heureux dans un pays où régnaient la censure et la torture ? Étaient-ils le dernier bastion de démocratie du pays ?»

Catherine Bardon nous propose un livre extrêmement bien documenté sans jamais tomber dans l’écueil de la bonne élève qui nous réciterait toutes les dates et tous les événements par cœur. Cette fresque incroyable qui court sur 40 ans est un témoignage bouleversant et interroge sur l’identité, la religion, l’appartenance à une communauté et les choix à faire.

Seul petit bémol totalement personnel, je ne suis pas du tout en accord avec cette fin, mais je ne peux pas en dire plus sans la dévoiler et cela n’ôte rien à la qualité du livre.

Les Déracinés – Catherine Bardon (Editions les Escales – mai 2018)

5 commentaires sur “Les Déracinés de Catherine Bardon

  1. Merci pour votre belle chronique. Je comprends votre réserve sur la fin du roman… qui n’est pas la fin de l’histoire. Ce n’était pas prévu au début mais Almah a joué des coudes et pris toute la place. C.Bardon

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