Felis Silvestris d’Anouk Lejczyk

Felis vient de rejoindre une communauté qui s’est installée dans une forêt pour tenter de la sauver de la destruction et de l’appétit d’une société minière. Entre apprentissage de la vie en communauté et en forêt, Felis cherche sa place et son rôle. Au cœur de cet hiver, la sœur de Felis vient de se poser dans un appartement que lui prête une amie après avoir été longtemps absente. Et c’est elle qui est la narratrice de ce récit, donnant corps à l’histoire de Felis ou plutôt à ce qu’elle imagine de sa vie. En parallèle elle raconte sa propre histoire et la relation entre elles.

Ce premier roman est une totale réussite à bien des égards.

Le choix qu’a fait Anouk Lejczyk de ne pas donner de nom à ces personnages, hormis Felis qui est en réalité un pseudonyme, donne au récit un caractère universel. La manière de raconter l’histoire à travers le regard de la sœur de Felis et cette longue adresse en direction de la sœur aînée-aimée, ce qui peut d’ailleurs laisser planer un doute sur ce qui arrive réellement à la jeune fille, et qui tisse le lien entre les deux sœurs. La profondeur des sentiments qui se dégage des paroles de la jeune sœur, à la fois pleines de tendresse, d’empathie, d’encouragement, de soutien mais en même temps pleines de doutes en ce qui la concerne personnellement. La façon très subtile de souligner leurs fuites à toutes les deux : Felis en rejoignant cette forêt et la plus jeune sœur en parcourant le monde. La relation, évoquée en fil rouge, avec les parents : la mère inquiète, le père plus distant, et l’éclatement de la famille.

“Tu as ce truc de vieille âme qui ne trouve sa place nulle part, et qui a en plus l’humilité de croire que ça vient d’elle… Mais non, Felis, c’est le monde qui n’est pas ajusté aux gens comme toi.”

L’auteure met ici en scène le lien sororal qui existe et se construit au fil d’une histoire commune et se prolonge même à distance. Et c’est-ce lien qu’elle explore, bien plus que l’aspect potentiellement engagé de Felis pour sauver la forêt.

C’est surtout tout l’imaginaire que développe la jeune sœur de Felis pour la faire vivre au milieu de la forêt, les trésors de patience dont elle fait preuve pour maintenir le lien avec les parents et rassurer la mère qui donnent sa force à ce récit. A travers ce qu’elle raconte et ce qu’elle projette sur sa sœur, la cadette devient ainsi quasiment le personnage principal de ce roman plein de douceur et de poésie.

Décidément, Les Editions du Panseur ont l’art de dénicher de véritables conteuses !

Felis Silvestris – Anouk Lejczyk (Les Editions du Panseur – janvier 2022)

6 commentaires sur “Felis Silvestris d’Anouk Lejczyk

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