Des gens irréprochables de Zoe Whittall

La vie paisible de la famille Woodbury vole en éclats lorsque le père, George, est arrêté et accusé d’agression sexuelle par plusieurs élèves. George est un membre honorable et honoré de la petite ville d’Avalon Hills, professeur respecté, père et mari exemplaire. Il est même devenu un héros après avoir désarmé un forcené au sein de l’école. C’est cet homme que des jeunes filles accusent d’avoir eu un comportement déplacé et même d’agression lors d’un voyage scolaire.  

Je ne m’attendais à rien de spécial en ouvrant ce livre et la bonne surprise en est d’autant plus agréable. Je dois dire que j’ai eu du mal à m’arracher à cette lecture avant la fin, et que même si je n’aime pas particulièrement l’expression, ce roman est réellement un page-turner hyper efficace. Zoe Whittall prend le parti de ne pas nous raconter l’enquête relative aux accusations mais plutôt l’effet qu’a cet événement sur chacun des membres de la famille Woodbury. Ce séisme qui s’abat sur eux a en effet des répercussions qu’ils vont chacun gérer à leur manière une fois l’étape de la sidération passée. C’est ainsi moins la culpabilité ou non de George qui intéresse l’auteur que l’effet dévastateur que peut avoir ce type d’affaire sur une famille jusque là très unie.  

La première impulsion est évidemment de faire confiance à cet homme connu de tous. Joan, sa femme, est celle qui manifeste la plus grande fidélité car comment imaginer que l’homme qu’on aime depuis tant d’années, avec qui on a construit une famille puisse avoir un tel comportement. Les deux enfants ont chacun des attitudes différentes, liées à leur âge et à leur histoire. Andrew, trentenaire homosexuel a choisi de quitter sa ville natale pour se noyer dans l’anonymat de New-York. Sadie, adolescente de 17 ans, poursuit des études brillantes dans l’école où son père enseigne. 

« Joan se rappela ce qu’avait dit la femme du supermarché sur sa responsabilité. Elle représentait désormais le mal aux yeux des gens, et c’est pour cette raison qu’ils lui manifestaient de l’hostilité. Elle n’était plus une femme, une épouse, une mère, une infirmière. Son identité se résumait à ce qu’on croyait qu’elle était. Il lui suffisait de regarder les fenêtres de sa maison maculées de jaune d’œuf pour le comprendre. » 

Chacun d’entre eux va se retrouver confronté au sordide. Car cet événement est aussi l’affaire de toute la ville. Dans une petite communauté où tout le monde se connaît, deux camps vont bientôt s’affronter.  

L’auteure ausculte ainsi toutes les réactions de ces trois personnages principaux et leurs évolutions. L’incrédulité, le refus, la colère, la douleur, l’incompréhension, le sentiment de culpabilité, le rejet. Tout au long du récit, chacun va traverser différents ressentis tout en étant confrontés aux réactions des médias, des réseaux sociaux, du voisinage. Zoe Whittall met aussi en lumière le traumatisme des plaignantes, accentué par les attaques qu’elles subissent de la part de certains soutiens de George qui les soupçonnent d’avoir inventé tous ces faits. C’est d’ailleurs très intéressant que l’auteure ne choisisse pas de faire un récit manichéen mais d’y apporter de nombreuses nuances. 

Il me semble que tout cela est assez finement observé et met le doigt sur de nombreux sujets qui amènent à une réflexion personnelle. Jusqu’où peut aller la confiance et le soutient à quelqu’un qu’on aime et qui est accusé d’un acte terrible, comment réagir face à un tel drame, comment conserver le lien familial à travers l’épreuve et comment traverser celle-ci sans se sentir sali, trahi, coupable d’aveuglement. Un livre captivant qui se lit avec grand intérêt et qui met en scène des personnages attachants aux caractères finement analysés.  

Des gens irréprochables – Zoe Whittall / Traduit par Marie-José Thériault (Éditions Eyrolles – octobre 2020) 

9 commentaires sur “Des gens irréprochables de Zoe Whittall

  1. Le thème est bien d’actualité. Même avec des personnalités qu’on ne connait pas, on est parfois sidérée d’apprendre qu’elles ont eu un comportement choquant. Pour moi, dans l’intimité familiale, on a souvent des soupçons, mais on n’arrive pas à creuser, à accepter, tellement ces choses semblent monstrueuses.

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