La Tour de Doan Bui

Les Olympiades, dans le 13ème arrondissement de Paris, c’est une sorte de rêve inabouti. Un groupement d’immeubles qui aurait dû voir se bousculer de jeunes yuppies et de joyeuses familles. Au final, les tours qui composent ce quartier sont devenues le refuge d’une population disparate. La Tour Melbourne est notamment habitée par la famille Truong dont les parents, Alice et Victor, ont fui le Vietman. Leur fille, Anne-Maï, née est France vient de se réinstaller chez eux après avoir perdu son emploi à quarante ans. Dans les autres étages vivent Ileana, pianiste en Roumanie et nounou en France. Clément, persuadé d’être la réincarnation du chien de Michel Houellebecq ou encore Virgile, un sans-papier sénégalais. De la fin des années 1970 à 2045, tous ces destins vont se croiser et s’entremêler au cœur de ce récit choral prenant.

Ce roman de la journaliste Doan Bui dresse les portraits d’une galerie de personnages attachants. Immigrés, réfugiés, en marge, chacun d’eux a dû, à un moment, abandonner ses rêves pour tenter d’intégrer une société qui, au mieux, sera indifférente, au pire, les rejettera.

« Au début, on se rassurait, on se disait qu’on pouvait retourner sur ses pas, remettre les compteurs à zéro, mais plus on vieillissait, plus le choix se restreignait. Restait cette angoisse d’avoir pris la mauvaise décision et de se retrouver acculé à vivre sa vie avec l’amère conscience de la gâcher. La vie moderne avait inventé la culpabilité de l’échec. »

L’auteure entre dans chacune de ses vies, racontant de nombreux épisodes à travers lesquels on appréhende à la fois leurs espoirs et leurs déceptions. Elle parle des difficultés pour s’intégrer hier comme aujourd’hui, des préjugés, des relations familiales et du poids de la transmission, de la quête de soi et de son identité mais aussi de l’extrême solitude des grands ensembles.

Dans un style extrêmement incisif et à l’humour grinçant, Doan Bui raconte cette France en dehors des lignes, cette strate composée de vies complexes, toutes singulières et aux origines diverses.

C’est percutant, sensible et juste, parfois décapant mais toujours humainement captivant et très instructif. Il faut aussi absolument lire les notes de bas de page, souvent drôles et qui apportent à leur tour un éclairage intéressant sur l’histoire des différents protagonistes et sur l’ensemble des habitants de la Tour.

Un roman véritablement accrocheur qu’on regrette d’achever, mais pouvait-on en attendre moins d’une journaliste couronnée des Prix Albert-Londres et Amerigo-Vespucci et du Prix littéraire de la Porte Dorée !

La Tour – Doan Bui (Editions Grasset – janvier 2022)

9 commentaires sur “La Tour de Doan Bui

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