Le dernier gardien d’Ellis Island de Gaëlle Josse

John Mitchell, directeur du centre d’Ellis Island, s’apprête à fermer ce lieu de passage obligé de tous ceux qui souhaitent venir vivre en Amérique depuis 1892.

Nous sommes le 3 novembre 1954 et John va mettre à profit les quelques jours qui lui restent à vivre dans ce lieu déserté pour coucher sur le papier ses souvenirs.

Il raconte son métier de directeur bien sûr, mais aussi les deux femmes qui le hantent, Liz sa femme morte très jeune et avec qui il n’a connu que cinq ans de bonheur, et Nella, une jeune italienne venue chercher refuge aux Etats-Unis et pour qui il a conçu une véritable passion alimentée par la vie énigmatique de la jeune femme.

Au-delà des aspects purement administratifs du travail que John effectue à Ellis Island, Gaëlle Josse dresse le portrait d’un homme avec ses doutes, ses questionnements, ses faiblesses et la grande solitude qu’il semble entretenir et qui, au moment de se retirer, fait les comptes et revient sur ses choix bons ou mauvais.

Elle montre aussi tous les espoirs et les attentes de ceux qui ont choisi ou qui ont été forcés de quitter leur pays et qui sont venus chercher leur Eldorado avec plus ou moins de bonheur et à travers les épreuves les plus diverses.

« Même si depuis longtemps, pour le personnel d’Ellis, ces steamers ne représentent qu’une charge de travail, une quantité d’individus à faire circuler au plus vite entre les arcanes des procédures, je n’ai pu m’empêcher, chaque fois, d’être saisi à la vue de ces arrivants, saisi par ces grappes humaines qui saluent leur Terre promise massées sur les ponts, et par la silencieuse majesté du bâtiment qui vient de traverser les mers ; et d’être ému à la pensée de tous les destins inconnus qu’il abrite. »

Dans ce roman, rien n’est totalement noir ni totalement blanc. Gaëlle Josse joue avec toutes la palettes des gris pour raconter une histoire très humaine, faite de complexité, de drames mais aussi de bonheurs.

Qu’elle retrace la vie d’une personnalité réelle comme dans La femme en contre-jour ou qu’elle redonne vie à une époque en inventant des personnages criant de vérité, Gaëlle Josse a ce don de le faire avec une extrême sensibilité et une grande justesse cherchant à faire ressurgir les traits les plus enfouis de ses personnages.

Tout est fin, subtil, sans grande démonstration stylistique mais avec une maîtrise parfaite et la juste dose de choses dites et de choses suggérées.

Un magnifique roman sur le déracinement, la solitude, l’exil et l’amour.

Le dernier gardien d’Ellis Island – Gaëlle Josse (Editions Noir sur Blanc – septembre 2014)

9 commentaires sur “Le dernier gardien d’Ellis Island de Gaëlle Josse

  1. Mon premier Gaëlle Josse et j’ai tout lu d’elle ensuite mais j’avais beaucoup aimé l’écriture , tout est dit et bien dit ou évoqué en quelques pages et on est vraiment embarqué dans ce lieu, porte d’entrée pour le paradis pour beaucoup de gens à l’époque, enfin croyaient-ils …. 🙂

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