Femmes de nazis de James Wyllie

Elles s’appellent Magda, Emmy, Margaret, Ilse, Eva, Lina, Gerda… Elles ont troqué leurs noms de jeunes filles pour les noms de Hess, Goering, Himmler, Goebbels, Heydrich , Bormann… Elles ont soutenu leurs maris dans leur ascension au sein du parti nazi. Elles ont été dévouées, ont encouragé les carrières de leurs époux, ont fait des enfants comme on l’attendait d’elles et ont tenu leurs places de femmes de hauts dignitaires. Elles sont restées jusqu’au bout fidèles à l’idéologie du parti et à la mémoire de leurs maris. Mais si elles ont joué un rôle prépondérant auprès de leurs maris, elles n’étaient pas à leurs côtés lors des procès qui ont suivi la guerre. Et elles ont bien peu intéressé les historiens. James Wyllie revient donc dans ce livre sur leur véritable rôle.  

Si on s’intéresse à cette époque, on n’apprendra rien sur la montée du nazisme, le déroulement de la guerre ou les atrocités qui ont été commises.  

Ce qu’on découvre ici c’est la vie personnelle de ces hommes qui ont perpétré les pires horreurs. Car oui, ils ont été amoureux et ont épousé des femmes avec qui ils ont eu des enfants. Et ils ont mené des vies de famille relativement normales. James Wyllie plonge le lecteur dans les heures les plus sombres du nazisme mais qui paradoxalement ont été pour ces femmes les heures les plus glorieuses, celles où elles ont brillé aux côtés de leurs maris. L’auteur s’interroge et nous interroge. Pourquoi ces femmes n’ont pas été tenues pour responsables de ce qui a pu se passer. Car si elles n’étaient pas aux commandes, elles ont totalement adhéré aux idées nazies et ont largement pris part à la propagation des idées du troisième Reich. Elles ont eu sous les yeux les preuves de ce qui se passait. Alors pourquoi n’ont-elles pas été condamnées ? 

Ce livre est extrêmement bien documenté et on suit chacune de ces femmes de leur rencontre avec celui qui deviendra son mari jusqu’à l’écroulement du Reich. Les mariages, les naissances, les infidélités, les séjours au Berghof (la résidence d’Hitler), les rivalités entre femmes ou les alliances… tout est passé au crible. Cela donne un éclairage intéressant et assez innovant sur cette période. Et à l’issue de la lecture on se demande aussi pourquoi ces femmes ne figurent pas parmi les coupables et pourquoi leur rôle n’a pas été mis plus en avant.  

A cela, James Wyllie avance une première hypothèse : parler de ces femmes et de la vie de famille de ces hommes responsables de crimes contre l’humanité leur aurait donné un aspect humain que l’on préfère gommer car comment imaginer qu’un être humain puisse se rendre coupable de telles atrocités envers d’autres êtres humains ? Il est plus facile de se dire que cela est l’œuvre d’un être dépourvu d’humanité. Imaginer que des femmes puissent soutenir des hommes tels que ceux-ci sans jamais émettre un seul doute sur les actions menées est difficile même si on sait, par exemple, que des femmes ont pris une part active aux tortures et aux meurtres commis, notamment dans les camps. Doit-on alors se dire que ces femmes de nazis étaient sous influence ? Trop heureuses d’avoir un certain pouvoir ? Totalement acquises au parti ? 

“Tout le pouvoir que les femmes de l’élite nazie possédaient dépendait entièrement de la bonne volonté du Führer. Un seul faux pas suffisait à détruire leur avenir ; d’un seul geste Hitler pouvait les réduire à néant.” 

Une seconde raison tient au fait que les documents d’origine (lettres, journaux intimes, carnets) sont rares, tronqués, parfois remaniés. Certaines femmes se sont essayées à l’autobiographie après la guerre mais il est évident que leur récit était orienté vers une réhabilitation de leur mari.  

James Wyllie a donc dû puiser dans ces sources, dans les témoignages existants en les expurgeant de tout ce qui pouvait être de l’ordre de la rumeur. La bibliographie à la fin du livre nous montre d’ailleurs la richesse des documents étudiés. Et il en ressort un livre complet qui explique les motivations de chacune d’entre elles.  

Ce qui pour moi est le plus est marquant est l’après. Une fois les crimes connus, les procès commencés, ces femmes ont continué à soutenir leurs maris, à vouloir réhabiliter leurs mémoires, à justifier l’injustifiable, à se battre pour les faire libérer (c’est le cas de Ilse Hess). Et surtout, certains des enfants ont poursuivi ces actions, épousant à leur tour les idées nazies léguées par leurs parents comme ce fut le cas pour la fille d’Himmler, Gudrun. 

Un livre très intéressant qui aborde le nazisme sous un jour différent et donne ainsi une nouvelle perspective.  

Femmes de nazis – James Wyllie (Éditions Alisio – novembre 2020) 

12 commentaires sur “Femmes de nazis de James Wyllie

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