L’affaire Rambla ou le fantôme de Ranucci d’Agnès Grossmann

Juin 1974, la France est sous le choc de la disparition de la petite Marie-Dolorès Rambla, âgée de 8 ans. Elle a été enlevée alors qu’elle jouait devant son immeuble et sous les yeux de son frère, Jean-Baptiste, 6 ans. Le corps sans vie de la fillette sera retrouvé quelques jours plus tard. Assez rapidement, un suspect est arrêté. Il s’agit de Christian Ranucci, un jeune homme de vingt ans qui sera condamné à mort pour ce crime et guillotiné le 28 juillet 1976. Sa culpabilité sera remise en cause, notamment dans le livre de Gilles Perrault, “Le Pull-Over Rouge”.

Quarante ans plus tard, Jean-Baptiste Rambla est devenu criminel et a tué deux femmes. Lors de son procès, il évoque le traumatisme lié à la mort de sa sœur et le mal-être qui en a découlé. Aux psychiatres, il parle du fantôme de Ranucci qui lui a volé son enfance et son innocence.

Dans ce livre passionnant et richement documenté, Agnès Grossmann explique avec intelligence l’impact de l’affaire Ranucci et ses répercussions. A l’époque où la condamnation est prononcée, le débat sur la peine de mort bat son plein. Et l’auteure nous démontre bien comment cette affaire a cristallisé les combats entre contre et pro-peine de mort en entraînant dans l’œil du cyclone la famille de la petite Marie-Dolorès mais aussi la mère de Christian Ranucci.

“ Quand Gilles Perrault peut compter sur l’appui des intellectuels et des grands médias, eux n’ont dans leur comité de soutien que des voisins, des concierges et des petits commerçants. Le combat est à armes inégales. C’est l’intelligentsia contre le petit peuple. Père et fils souffrent de n’être que “des petites gens”, comme les a qualifiés Valéry Giscard d’Estaing, face à ceux qu’ils appellent “les intellectuels, les baveux” ou encore “ceux qui ont les mots” et qui, selon eux, instrumentalisent leur douleur incommensurable.”

Sans remettre en question la culpabilité de Ranucci, Agnès Grossmann analyse les causes qui ont transformé ce drame en une véritable affaire d’état, chacun s’emparant du sujet pour l’utiliser pour sa propre cause. On comprend bien comment les deux camps ont instrumentalisé à la fois la condamnation de Ranucci et la douleur de la famille de la petite fille. L’auteure revient ainsi sur le parti pris de Gilles Perrault dans son livre et qui a largement contribué à entretenir le doute.

Le père de Marie-Dolorès n’aura de cesse que de lutter contre tous ceux qui mettent en doute la culpabilité de Christian Ranucci et notamment contre les messages que véhicule justement le livre de Gilles Perrault. Quant à Jean-Baptiste Rambla, il ne pourra jamais se débarrasser d’un sentiment très fort de culpabilité alimenté, même involontairement, par son père. A l’époque, on ne prenait pas tant en compte la parole des enfants et encore moins leur bien-être psychologique. Le petit garçon ne sera pas accompagné pour traverser ce drame qui reviendra, tel un fantôme, lors de son propre procès.

Agnès Grossmann a su ici rendre toute leur place aux différents protagonistes de cette affaire criminelle et nous faire partager le chagrin d’une famille emportée malgré elle dans un débat politique, social et judiciaire qui l’a brisée après avoir été injustement privée de leur petite fille.

L’affaire Rambla ou le fantôme de Ranucci – Agnès Grossmann (Editions Les Presses de la Cité – janvier 2022)

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