L’Etrange Disparition d’Esme Lennox de Maggie O’Farrell

Maggie O'Farrell

J’adore découvrir des auteurs que je ne connais pas encore. Et j’aime encore plus me rendre compte que leur univers, leur écriture, leurs histoires me plaisent. Et que donc je vais pouvoir les suivre, lire d’autres livres d’eux et passer de bons moments de lecture !

C’est ce qui vient de m’arriver avec Maggie O’Farrell. Ses romans, vus à plusieurs reprises sur Instagram, ont attiré mon attention. Les thématiques qu’elle aborde (la complexité des relations, la perte des êtres qu’on aime, les destins contrariés, la trahison), si elles paraissent assez classiques, me semblaient traitées avec beaucoup de sensibilité.

Et je n’ai pas été déçue !

Je me suis donc lancée dans la lecture de L’étrange disparition d’Esme Lennox. Un livre bouleversant où chaque page amène son lot d’émotions et de révélations.

Comment Esme a pu être enfermée durant 60 longues années dans cet asile et totalement disparaître de l’histoire familiale au point que sa petite nièce, Iris, n’en connaisse pas l’existence ?

Ce livre nous parle d’une époque, pas si lointaine, où le moindre écart pouvait vous mettre aux bans de la société, où les femmes étaient facilement jugées hystériques et malades dès qu’elles manifestaient un peu d’indépendance et où il suffisait qu’un homme le décide pour qu’elles se retrouvent éloignées, internées et oubliées.

Maggie O’Farrell choisit de nous faire vivre cette histoire sur 2 époques : une contemporaine et une plus ancienne, là où tout s’est joué pour Esme.

Le parallèle qui est fait entre la vie d’Iris, jeune femme moderne, sans attache et qui choisit son destin et celle d’Esme, victime d’une société bourgeoise corsetée est très intéressante. Car finalement, elles se ressemblent beaucoup dans leur désir de liberté et d’indépendance, sauf que l’une d’elle l’a payé très cher.

Iris apprend donc l’existence de la sœur de sa grand-mère lorsque l’asile où elle est recluse depuis 60 ans ferme ses portes. Seul membre de la famille en capacité de gérer l’après-internement elle se prend d’affection pour la vieille dame. Surtout, elle aimerait comprendre pourquoi personne dans la famille n’a plus jamais évoqué Esme et pourquoi sa grand-mère l’a totalement occultée.

Au fur et à mesure, au rythme des souvenirs d’Esme et de la mémoire confuse à présent de sa sœur Kitty, nous entrons dans l’intimité de cette famille, revenue s’installer en Ecosse après avoir quitté l’Inde. Esme est en rébellion contre les carcans qu’on lui impose, enfant puis jeune fille au fort tempérament qui ne veut pas entrer dans un moule. Petit à petit, les raisons de son éloignement et de la négation même de son existence nous sont révélées, provoquant chez le lecteur indignation et compassion.

« Toute sa famille – elle-même, Kitty, Hugo, tous les autres bébés et ses parents – se résume à présent à cette fille, la seule qui reste. Ils se sont tous réduits à cette brune assise sur le sable, qui ignore que ses mains, ses yeux, sa façon de pencher la tête, le mouvement de ses cheveux sont ceux de la mère d’Esme. Nous ne sommes que des vaisseaux par lesquels circulent des identités, songe Esme : on nous transmet des traits, des gestes, des habitudes, et nous les transmettons à notre tour. Rien ne nous appartient en propre. Nous venons au monde en tant qu’anagrammes de nos ancêtres »

Ce roman est tout simplement splendide. L’écriture, sobre, factuelle nous conduit à travers ce récit pourtant terrible avec beaucoup de douceur. Maggie O’Farrell ne porte pas de jugement, laissant à son lecteur toute latitude pour interpréter, analyser, comprendre les motivations des personnages ainsi que leurs relations conflictuelles.

Le personnage d’Esme est profondément attachant. Libérée de sa « prison » on se rend compte que l’enfermement n’a pas totalement anéanti sa capacité de réflexion, d’émerveillement même si elle paraît quelque peu inadaptée à ce monde qu’elle n’a pas vu évoluer. La relation qui se noue avec Iris est comme une seconde chance, un moyen de renouer les fils avec la famille et peut-être de trouver une forme de pardon pour ce qui lui a été infligé. A moins que ne soit venu le temps de la vengeance ?

Un livre qui mène aussi le lecteur vers une réflexion plus large sur le libre-arbitre, les liens familiaux, la résilience.

Un livre tel que je les aime, qui ne se contente pas de raconter une histoire mais qui provoque des réactions chez le lecteur, dont on tourne les pages avec passion et qu’on a du mal à quitter.

L’étrange disparition d’Esme Lennox – Maggie O’Farrell (Editions Belfond – 2008 / Editions 10-18 – 2009)

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