Les hyènes d’Annie Ferret

Blanche, 44 ans, est la dernière d’une lignée de femmes aux caractères mauvais, qui se plaisent à faire le mal autour d’elles et à terroriser. Blanche est la dernière car elle a décidé de ne pas mener à terme cette grossesse qu’elle vient de découvrir. Blanche est la dernière car elle ne veut pas perpétuer cette espèce de malédiction qui semble poursuivre les femmes de sa famille et qui les rend inaptes au bonheur et à l’amour. Blanche sera la dernière, car en se penchant sur le passé de ses ancêtres qu’elle a surnommées les hyènes, elle a découvert de sombres secrets et un héritage bien trop lourd à faire porter. Au fil de ce récit, le lecteur fera ainsi connaissance des aïeules de Blanche : Louise-Huguette, l’arrière-grand-mère ; Georgette, la grand-mère ; Colette, la mère. Et Clara, l’arrière-arrière-grand-mère. Celle par qui le drame est entré dans la famille pour se transformer en traumatisme qui se transmet de génération en génération. 

Ce récit a le pouvoir des contes et légendes d’autrefois, habités par des malédictions, des enchantements, des croyances, des jalousies qui régissent les actes de chacun. Si ces hyènes sont à la fois hideuses et haïssables, les hommes qu’elles épousent ne valent guère mieux face à ces femmes dures. Aucun amour ne se transmet de mère à fille ni même de sœur à sœur. Le drame originel les a montées les unes contre les autres et toutes contre le reste du monde. En faisant ce travail de mémoire, Blanche cherche à s’approprier ce terrible passé mais aussi à s’en délester pour interrompre cette chaîne de haine et retrouver sa liberté.  

“Une femme comme elle était jugée délurée, une perdue qui ne savait pas où était sa place, une arrogance qui risquait de déviriliser son époux. En voulant faire valoir sa parole face à son mari, son comportement mettait la société en danger et cela expliquait pourquoi on avait fait d’elle, et de ses filles, des sorcières.” 

Les mots, les actions, sont parfois d’une violence terrible, loin d’une image idéale de la mère et de la femme douce et aimante. Il fallait oser prendre ce contre-pied et faire de chacun de ces personnages de femmes un être de plus en plus amoral et abject au fil des transmissions. Mais Annie Ferret dénonce aussi le pouvoir d’hommes qui se sont crus tout permis, car la férocité des hyènes trouve sa source dans une cruauté originelle qui provient des hommes et sur laquelle s’est bâtie toute la malveillance de ces femmes qui de victimes ce sont faites bourreaux pour survivre.  

Le thème et le traitement de ce récit sont véritablement originaux et cela est à saluer pour un premier roman car Annie Ferret n’a pas choisi la facilité avec ces portraits de femmes dont aucune ne suscite d’empathie mais bien plutôt une profonde répulsion. Cela se lit d’une traite, en apnée. On ressort de cette lecture bousculé, perturbé dans ce que cela a de plus positif pour un lecteur.  

Les hyènes – Annie Ferret (Editions Grasset – mars 2021) 

9 commentaires sur “Les hyènes d’Annie Ferret

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