La fiancée du danger de Michèle Kahn

Quelles traces Marie Marvingt a-t-elle laissé dans la mémoire collective ? A priori assez peu. Son nom apposé à des rues, dont une dans sa ville adoptive de Nancy, et sur plusieurs bâtiments publics. Une phrase au détour du discours d’Emmanuel Macron lors de la panthéonisation de Maurice Genevoix. Mais qui serait capable de dire qui elle était vraiment ? Et pourtant quelle vie que celle de cette femme née en 1875 et morte dans le plus total dénuement en 1963

Sportive accomplie, elle pratique l’alpinisme, le vélo, le ski, l’escrime, la natation…. Elle se passionne pour tout ce qui peut amener à battre des records : traversées à la nage, ascensions diverses. Elle sera la première femme à boucler un Tour de France en 1908 même si ces messieurs de l’organisation lui ont refusé le droit de s’y inscrire. Détentrice de trois brevets de pilotage (ballon, avion et hydravion), elle est aussi infirmière de La Croix Rouge. Décorée de La Croix de guerre 14-18, elle est aussi auréolée de 17 titres mondiaux de championnats du monde dans plusieurs disciplines sportives et a obtenu au total 34 médailles ! Elle officie en plus en tant que journaliste, correspondante de guerre et conférencière.

« Un homme à ma place n’aurait pas mieux fait, songe Marie avec fierté. Car son but n’est pas de collectionner les records, mais de démontrer qu’une femme peut être l’égale de l’homme. De prouver qu’elle peut faire son travail avec la même certitude qu’un homme. Et qu’être femme ne force pas à douter de soi ! »

Aussi casse-cou que pleine de sang-froid, elle n’en demeure pas moins attentive aux problèmes de son siècle. L’évacuation des blessés en temps de guerre notamment est pour elle une véritable bataille qu’elle mène pied à pied pour faire accepter et homologuer son idée d’avion-ambulance. Véritable héroïne pour ses contemporains, elle croise la route de Foch, Lyautey, Weygand ainsi que des plus grands aviateurs. Elle est fêtée par la presse jusqu’en Amérique même si ses collègues masculins ont parfois du mal à reconnaître ses actions. Eprise de liberté, elle ne cesse de voyager et ne s’attachera jamais à un homme.

C’est cette vie passionnante que nous fait partager Michèle Kahn à travers cette biographie trépidante qui remet cette femme incroyable à sa juste place. Un magnifique travail de réhabilitation qui rend hommage à une femme hors norme qui défia les conventions.

J’ai suivi Marie avec passion dans ses aventures, avec amusement parfois lorsqu’elle se mesure aux hommes et leur tient tête, avec agacement quand son travail et son action ne sont pas reconnus à leur juste valeur, voire revendiqués par d’autres. Marie Marvingt a eu la chance de vivre dans une époque où tout était possible et a su en tirer le meilleur parti comme elle a su tirer les leçons des grands drames qui ont jalonné son siècle.

Si Michèle Kahn admet avoir romancé la vie de Marie Marvingt, le travail de documentation est riche et met la lumière de magnifique manière sur une personnalité aux qualités humaines et sportives indéniables. Je suis ravie d’avoir découvert cette femme hors norme

La fiancée du danger – Michèle Kahn (Éditions Le Passage – mars 2020)

5 commentaires sur “La fiancée du danger de Michèle Kahn

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