A malin, malin et demi de Richard Russo

Bath est ce qu’on peut appeler un trou perdu. Une ville du bout du monde qui ne présente aucun attrait, ni pour d’éventuels visiteurs ni même pour ses habitants. Douglas Raymer n’en est jamais sorti, il est aujourd’hui chef de la police, veuf d’une femme qui s’apprêtait à le quitter pour un autre et intimement persuadé de sa propre incompétence.  

En moins de quarante huit heures la vie de cette ville oubliée et de ses habitants va prendre une tournure inattendue. Avec l’écroulement d’un des murs de l’ancienne usine, des serpents échappés et des tombes qui remontent à la surface emportées par l’orage ce sont tout un tas d’événements passés et de révélations qui vont refaire surface emportant les différents personnages dans une spirale infernale. 

Richard Russo est un conteur hors pair, capable de multiplier les personnages et les liens entre eux sans jamais perdre le lecteur et distillant ce qu’il faut d’humour et de suspens pour conserver l’intérêt du lecteur sur les 700 pages que compte le livre (version livre de poche). 

Cette comédie humaine, circonscrite à la ville de Bath, dessine le portrait d’une société habitée par des secrets, où les hommes, globalement, ne sont pas ni bien malins ni très attentionnés et où les femmes sont soit des victimes résignées soit de fortes têtes combatives. 

C’est un roman magnifique à la fois par ce qu’il raconte de l’humain dont le microcosme de Bath est une belle illustration et par la galerie de personnages que Richard Russo nous montre et pour lesquels on ne peut s’empêcher de ressentir une grande tendresse mêlée à un peu de pitié.  

« Raymer possédait un côté délirant et incontrôlable. Il avait vu des types qui affichaient ce même regard et qui après une longue bataille continuaient à fonctionner, à un niveau élevé parfois, mais au plus profond d’eux-mêmes, ils avaient abdiqué. Des hommes perdus, qui n’étaient pas certains de vouloir qu’on les retrouve. » 

De situations improbables en rebondissements surprenants, Richard Russo aborde aussi de nombreux thèmes sociaux : l’alcoolisme, la violence, le chômage, l’infidélité. Mais il donne aussi suffisamment d’échappées lumineuses pour ne pas faire de ce roman un récit désespéré : l’entraide, l’amitié voire l’amour pour arriver à une forme de résilience chez la plupart de ses personnages.  

Pour ma part je lis Richard Russo avec un plaisir égal à celui que j’ai à lire Richard Ford ou John Irving, avec cette forme de récit à la fois profondément réaliste et rempli d’humour. 

A malin, malin et demi – Richard Russo (Editions 10/18 – septembre 2018 et Éditions La Table Ronde – juillet 2017) 

4 commentaires sur “A malin, malin et demi de Richard Russo

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