Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants de Camille Zabka

Cassandre a trente ans. Son bébé dans les bras,  elle est lancée sur les routes de l’île de Java pour rejoindre Jakarta et partir. Fuir. Loin. A quel rêve transformé en cauchemar cherche-t-elle à échapper ?  

Pour Cassandre tout a commencé quand son mari, Lucas, s’est vu proposer ce poste important par son entreprise. Cela veut dire expatriation, installation dans un pays inconnu mais pour Cassandre c’est aussi une aventure qui répond à son envie d’ailleurs voire d’exotisme. Très vite, elle déchante. Enfermée dans une résidence baptisée Le Complex avec d’autres expatriés, elle tourne en circuit fermé au sein d’une communauté habitée par l’ennui, l’égoïsme, la condescendance à l’égard des habitants voire un racisme à peine contenu. Pourtant , elle n’est pas comme eux et, au contraire, cherche le contact avec les habitants. Et puis elle doit composer avec une météo dont elle n’a pas l’habitude, faite de chaleur et de moiteur. Cassandre sent tout autour d’elle cette nature imposante et omniprésente. A la fois hostile en réponse aux agressions de l’homme qui détruit pour s’imposer et terriblement attirante et belle. Et puis il y a les habitants. Un en particulier, Amu, avec lequel elle a une relation amoureuse et qui lui ouvre les portes d’une sensualité nouvelle tout en lui faisant toucher du doigt la fragilité de ce qui les entoure. Cassandre compose avec tout cela jusqu’au trop plein, jusqu’à la fuite.  

« Le temps ne passe pas de la même façon quand les journées et les mois se ressemblent. Il y vient une torpeur, teintée de tristesse. Mon corps longtemps a gardé la nostalgie des saisons, des pluies fraîches de septembre, du brouillard, ce spectre gracieux de l’hiver. » 

Ce roman court qui se lit vite est habité par une profonde animalité. Cassandre ressent avec toutes les fibres de son corps son environnement, sa grossesse, sa relation avec sa fille, sa liaison avec Amu. C’est primitif comme cet instinct qui la pousse à fuir pour mettre sa fille à l’abri et la protéger. Mais pour aussi se protéger elle-même de ce qu’elle voit se profiler à l’horizon, des menaces qui s’accumulent. Car Cassandre, et elle le dit plusieurs fois, a choisi de vivre. Et vivre cela veut dire partir, quitter son mari, revenir à ses propres racines qu’elle avait pourtant laissé de côté. Si on comprend toute l’urgence pour l’héroïne de fuir, il n’y a pour autant pas de folle poursuite, de mari lancé sur les traces de sa femme et de sa fille. On saura à peine ce que deviennent Cassandre et Clara dans un bref chapitre final qui ramène la quiétude et la sérénité après cette parenthèse indonésienne terriblement intense. 

Avec une économie de moyen notable Camille Zabka nous fait éprouver tous les sentiments de Cassandre et ressentir presque physiquement l’oppression qui monte mais aussi les instants de calme auprès d’Amu. Alors que ce roman est assez court, comme je l’ai déjà dit, tout y est dit. On ne voit pas ce qui aurait pu être ajouté pour être plus complet comme parfois certains textes peuvent le faire penser. Tout ce qui aurait été en plus aurait tout simplement gâché cette sobriété qui porte le roman et qui m’a totalement séduite.  

Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants – Camille Zabka (Éditions L’Iconoclaste – janvier 2021) 

8 commentaires sur “Ne crains pas l’ombre ni les chiens errants de Camille Zabka

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