đŸ€Ł de FrĂ©dĂ©ric Beigbeder

Octave Parango revient sous la plume de FrĂ©dĂ©ric Beigbeder pour un troisiĂšme opus toujours aussi dĂ©capant. AprĂšs avoir explorĂ© les milieux impitoyables de la publicitĂ© avec 99 Francs et de la mode dans L’IdĂ©al, c’est le monde du divertissement et de l’humour que l’auteur passe Ă  la moulinette.

Chroniqueur humoristique dans la premiĂšre matinale de France, Octave dĂ©barque un matin sans avoir prĂ©parĂ© le moindre texte. Autant dire que ça ne va pas du tout plaire et qu’Octave est aussitĂŽt priĂ© d’aller exercer ses talents ailleurs.

Octave, double-miroir de l’auteur (est-il besoin de le prĂ©ciser) retrace alors pour le lecteur la nuit qui a prĂ©cĂ©dĂ© sa prise d’antenne et son sabordage en direct. Un long pĂ©riple Ă  la fois drĂŽle et dĂ©sabusĂ© qui lui donne l’occasion d’une analyse au scalpel de cette course effrĂ©nĂ©e au rire et Ă  l’humour oĂč tout est bon pour faire un bon mot, sans tenir compte de la vĂ©racitĂ© ou des consĂ©quences des propos tenus.

« L’humour est une dictature parce qu’il n’autorise jamais de droit de rĂ©ponse. C’est son apparente lĂ©gĂšretĂ© qui le rend si implacable. Si tu te plains, tu passes pour quelqu’un de chiant, lourd et susceptible. L’humour est une fake news avec un Ă©clat de rire derriĂšre et Octave Ă©tait complice de ce systĂšme. »

FrĂ©dĂ©ric Beigbeder dissĂšque cette immunitĂ© qui donne le droit Ă  toute personne de se moquer d’une autre du moment que la blague est suivie d’un « mais c’est pour rire ! », et cela d’autant plus si la personne qui fait la vanne est un soi-disant humoriste qui sera pardonnĂ© quoiqu’il puisse dire.

Ce livre est Ă  la fois dĂ©senchantĂ© et totalement jubilatoire. FrĂ©dĂ©ric Beigbeder rĂšgle ses comptes avec ceux qui furent ses collĂšgues mais ne s’épargne pas non plus dans cette satire dĂ©sopilante.

« Le smiley est une onomatopĂ©e dessinĂ©e, un borborygme illustrĂ©, une rĂ©duction du langage a minima. Les ennemis de l’intelligence auront gagnĂ© quand les romans auront pour titre ces petits visages Ă  la gĂ©omĂ©trie stupide. »

Sur fond de rĂ©volte des gilets jaunes, la dĂ©ambulation nocturne d’Octave est aussi l’occasion de revenir sur sa vie mondaine et bourgeoise, en avouant ses peurs et ses lĂąchetĂ©s alors que le monde dans lequel il a vĂ©cu ses plus belles annĂ©es est dĂ©finitivement rĂ©volu. Si ce livre est cynique, il est aussi un rien nostalgique d’une Ă©poque plus libre, plus riche, plus folle, moins Ă©triquĂ©e.

đŸ€Ł – FrĂ©dĂ©ric Beigbeder (Éditions Grasset – janvier 2020)

5 commentaires sur “đŸ€Ł de FrĂ©dĂ©ric Beigbeder

  1. Oui, lecture jubilatoire mĂȘme si le cap des 3/4 h du matin fut plus difficile pour moi ! 😉 Cet Octave Paringot s’est trouvĂ© dans la tourmente du livre de Vanessa Springira pour rappeler Ă  son auteur ses positions de critique littĂ©raire. Du coup, ce roman fut Ă©clipsĂ©. Mais, c’est juste de lui faire une place sur nos Ă©tagĂšres car sa critique de l’humour est un petit condensĂ© d’intelligence et de vivacitĂ© d’esprit ! Merci pour ce partage !

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